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Du latin vagina dentata, le mythe du vagin denté est présent dans toutes les cultures. Il fut longtemps entretenu par l’Église et le milieu médical pour entretenir la peur du sexe féminin et dissuader les hommes de violer les femmes. Si le vagin possède bien des lèvres, pourquoi ne pourrait-il pas avoir des dents ?

© Ian Dooley - Unsplash

Dans de nombreuses cultures, les mêmes termes sont employés pour parler de l’acte sexuel et de l’action de manger : appétit sexuel, ou encore le symbole phallique de certains fruits et légumes comme l’aubergine. La femme séductrice et castratrice, le sexe symbole de bestialité… Contes, légendes et mythes s’approprient cet imaginaire collectif pour faire du vagin de certaines, une bouche aux dents aiguisées. Dans le monde occidental, des légendes de succubes, des démones vengeresses, dévoreuses de pénis ont circulé jusqu’au XIXe siècle. Des mythes entretenus par le bouche-à-oreille, aidant à garder mains mises sur la sexualité et ses tabous. Et surtout, sur la sexualité de la femme, peinte dans ces légendes comme une démone, une sorcière ou une disciple de Satan.

Ce mythe s’étend même au-delà de nos frontières. Dans la mythologie hindoue, par exemple, le démon Adi, petit-fils de Parvati et de Shiva, veut venger son père le démon Andhaka, blessé par Shiva. Il prend alors l’aspect de Parvati, arme son vagin de dents acérées et se présente à Shiva. Le dieu remarque la supercherie et fait de son phallus un puissant éclair pour foudroyer Adi en le pénétrant. Le pouvoir du sexe dans ce mythe fascine autant qu’il effraie. Il rappelle à la population de maîtriser leurs pulsions.

L’angoisse de la castration

En psychanalyse, le vagin denté fait référence à l’angoisse de la castration. Chez Freud, la peur de la castration est un élément déterminant du complexe d’Oedipe. Plus tard, Lacan établira un lien de corrélation entre le vagin denté et la femme castratrice. En effet, si le sexe de l’homme est un organe tendu, et le sexe de la femme est fendu, ce dernier est plus à même de couper, et donc de castrer. 

On retrouve cette idée dans les oeuvres littéraires. Comme par exemple, dans la nouvelle Bérénice d’Edgar Allan Poe, où le narrateur est obsédé par les dents de sa cousine. Les dents sont interprétées de manière sexuelle. L’arrachage des « trente-deux perles blanches » à la fin de la nouvelle devient alors un symbole de castration pour le narrateur qui n’a pas su résister à son fantasme.

La peur du viol

Le viol est un traumatisme en soi et source de crainte. Certaines femmes perdent tout pouvoir sur leur sexualité après un viol. Un vagin denté serait alors l’outil idéal pour se venger. Ceci est le scénario d’une comédie d’horreur sortie en 2007 : Teeth de  Mitchell Lichtenstein. Une jeune fille de 17 ans découvre que son vagin est pourvu de dents. Elle s’en sert ensuite pour punir les hommes.

Et parfois, la réalité dépasse la fiction. Face à la multiplication des viols en Afrique du Sud, une femme médecin développe un prototype, après avoir vu un sexe masculin coincé dans une braguette. 

« Si seulement j’avais des dents en bas » lui répétait ses patientes.

En 2005, Sonnet Ehlers invente le RapeX. Il s’agit d’une sorte de préservatif féminin pourvu de piques barbelées. Il s’insère dans le vagin comme un tampon. En cas de pénétration sexuelle, ils blessent le pénis. L’homme sera alors dans l’obligation d’aller aux urgences pour enlever le dispositif. Le but premier est de dissuader les hommes de violer les femmes. Mais aussi, et surtout, permet aux femmes de se venger et de pouvoir prouver le viol. Le dispositif n’est cependant pas mis en vente.

© schéma du RapeX de Sonnet Ehlers

Outil de prévention ou torture médiévale ? Ce dispositif pose surtout la question de la place du viol dans nos sociétés. Si nous vivons dans une société où un vagin denté est nécessaire pour la protection de la femme, serait-ce la preuve d’un système éducatif défaillant ?

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Rédactrice multimédia

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