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Sur twitter, le compte @DesDetenus est devenu le porte-parole des personnes incarcérées dans les 187 prisons du pays. Son but ? Relayer les informations positives et négatives, extraits de témoignages de prisonniers et d’informations plus générales.

© emiliano-bar - Unsplash

Vous communiquez sur twitter par l’identifiant syndicat des détenus, qui êtes-vous ?

Nous sommes un « syndicat » qui n’a de syndicat que le nom. Nous sommes actifs sur Twitter pour porter la voix de celles et ceux qui sont incarcérés en France. Nous sommes connectés avec de nombreux détenus qui nous écrivent via Twitter ou Snapchat sur leurs conditions de détention, ou bien avec les proches des détenus qui nous alertent sur des choses que le grand public ne voit pas. Nous ne sommes pas là pour juger ou jeter un regard sur ce pourquoi ils sont en prison, mais nous sommes concernés par les conditions de détention de nos camarades.

Quelles sont vos revendications ?

Nous sommes conscients que pour certains la prison est une nécessité au regard du crime qu’ils ont commis. Une peine de prison sert à punir par la privation de liberté d’aller et venir, mais aussi à préparer à la réinsertion. Or, dans des conditions aussi insalubres et violentes que celles qui existent en prison, comment voulez-vous parvenir à cela ?

“L’impression d’être dans un autre monde, une autre réalité.”

En détention provisoire, les détenus sont davantage restreints dans leurs mouvements que ceux qui ont fait l’objet d’une condamnation. Par exemple, en fonction de leur dossier, ils ne peuvent pas participer à des activités socio-culturelles ou bien encore travailler. Être coupé des siens est difficile et toutes demandes paraissent prendre un temps certain.

En promenade, parfois, c’est plus difficile, on est confronté à la réalité. Certains détenus sont dans une énorme précarité, ils marchent avec des chaussures trouées et ramassent les mégots par terre.

Tout s’achète en prison ou se loue. Ce qui ne semble rien à l’extérieur devient démesuré à l’intérieur d’une prison, comme le choix d’une chaîne de télévision le soir qui peut rapidement partir en friction avec son co-détenu. Les bruits, les cris des uns et des autres qui tambourinent à leurs portes parce qu’en manque de drogue sont fréquents.

La réinsertion professionnelle en maison d’arrêt est très désorganisée. La plupart des détenus se trouvent en effet en maison d’arrêt puisqu’il s’agit soit de courtes peines, soit de personnes en détention provisoire. Il existe quelques formations (bibliothécaire, agent de propreté, peintre) mais elles sont très limitées et souvent réservées à des détenus ayant un dossier pénal sans aucun incident, qui se comportent bien et dont les faits pour lesquels ils sont en détention ne sont pas criminels. C’est l’infantilisation que nous retrouvons ici : si vous vous comportez bien, vous serez récompensé. Cela ne fonctionne que comme ça en détention. Au moindre incident même minime, vous êtes exclu du pacte de réinsertion alors que l’objectif d’une peine est surtout la préparation à la réinsertion.

Côté santé, comment soigne-t-on un détenu malade ?

L’ensemble des soins sont gratuits en détention. Un détenu peut écrire un courrier interne à l’unité médicale. Les jours ouvrés, il y a en permanence des médecins, infirmiers, psychologues, qui sont détachés de l’hôpital de la ville où se trouve l’établissement pénitentiaire. En fonction de l’urgence ou de la gravité de la situation, le détenu est pris ou pas en charge par un professionnel. Pour ce qui est des spécialistes, ophtalmologue ou dentiste par exemple, il faut bien souvent attendre six à douze mois avant de pouvoir prétendre à une consultation et y être soigné. En cas d’opération médicale, le détenu est extrait sous escorte pour se rendre à l’hôpital.

Pour les cas de Covid, il y en a très peu finalement en prison. Certains quartiers pénitentiaires y ont été affectés et ceux qui avaient été en contact avec des personnes infectées ou les nouveaux arrivants étaient systématiquement placés en quarantaine. Tous les détenus n’ont pas été libérés, beaucoup ont eu une suspension de peine pendant le confinement et ils sont revenus continuer leur peine après le déconfinement.

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Rédactrice multimédia

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