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Il y a quelques semaines, nous avions demandé à des surveillants pénitenciers de décrire la vie au sein d’une prison. Aujourd’hui, ce sont les détenus qui prennent la parole sur le sujet.

© matthew-ansle - Unsplash

« Le matin, nous sommes réveillés à 7 heures par le surveillant qui d’un geste brusque relève les crochets sur la porte en faisant l’appel » nous explique le compte twitter @DesDétenus. Le but de ses réveils en sursaut ? Faire l’appel et s’assurer qu’aucun détenu ne s’est fait la malle pendant la nuit, ou pire, ne s’est donné la mort. « Souvent, l’alarme d’un surveillant retentit soit parce qu’une personne est décédée, soit parce que de « bon matin » un détenu se jette sur un agent, ce qui est regrettable.»

Il est 8 heures, c’est l’heure de s’activer. Pour les plus chanceux, direction le travail : dans les cuisines ou dans les ateliers, ou bien en tant qu’auxiliaire de détention. Le salaire fixe est de 300€. Pour ceux aux ateliers, il dépend du rendement. Avoir la possibilité de travailler est une chance pour un prisonnier.

Pour les autres, il faudra s’occuper autrement. Des promenades sont programmées à heures régulières, et une bibliothèque, ainsi que des équipements sportifs sont accessibles. Des cours scolaires sont aussi mis en place.

Aux alentours de 11h30, tous les détenus reviennent en cellule pour la distribution du déjeuner. 13 heures : nouvel appel. A 13h30, chacun retourne à sa tâche : travail, scolaire, bibliothèque ou sport. Cela jusqu’à 17 heures, où chacun regagne sa cellule et attend le dîner à 17h30/45. La porte de distribution restera fermée jusqu’à 7 heures le lendemain matin.

« Si vous pensez que la prison offre un cadre structuré par son organisation militaro-pénitencier, sachez qu’au vu du grand nombre de détenu en maison d’arrêt, il n’est pas possible de tout faire et que les listes d’attente pour participer à ces activités sont très longues, parfois huit mois d’attente. La demande de travail, si elle est bien souvent traitée par l’administration, ne trouve aucune réponse favorable tant les places sont chères. »

45 minutes pour se sentir humain

Une table en bois fixée au mur défraîchi. Au-dessus de cette table, un interrupteur « bouton d’appel » en cas d’urgence. Deux chaises en plastique peu confortable. La vie en prison est aussi rythmée par les parloirs avec la famille ou avec les avocats. En amont, les visites ont été prises par téléphone auprès du service dédié de la prison : « La ligne étant souvent occupée, il n’est pas toujours possible de prendre rendez-vous tant les jours prévus de visites sont pris d’assaut. Quand les visites sont finalement autorisées, on en est seulement avisés le jour même du parloir lors de l’appel du matin, à moins que les visiteurs ne nous aient directement écrit à l’avance (lorsque cela est permis et possible). » La personne en détention se met donc sur son 31 avec les moyens du bord, par reconnaissance envers ceux et celles qui viennent à sa rencontre.

« C’est un moment béni qui se consume plus rapidement qu’une allumette. »

45 minutes, pas une de plus ni une de moins. 45 minutes qui s’écoulent aussi rapidement que dix secondes parfois. Interdiction de toucher, d’enlacer ou d’embrasser ses proches. « L’impression de faire partie intégrante du monde des Hommes. La boîte est toute petite. Oui, c’est plus une boîte qu’un box même si les deux définitions se valent. Une boîte se ferme sans vraiment pouvoir en sortir, ce qui était le cas, alors qu’un box a toujours, me semble-t-il, une sortie quelque part. Deux portes se font face et sur chaque porte se trouvait une lucarne vitrée afin que les surveillants puissent vérifier ce qu’il se passe à l’intérieur de la boîte. » 

A la fin du parloir, le détenu est fouillé par palpation, parfois à nu. Il doit apposer ses mains dans une machine biométrique afin de vérifier son identité.

Confinement et privation de lien social

Lorsque le Président Emmanuel Macron annonce le confinement, les prisons ferment leurs portes aux citoyens extérieurs. Aucune visite possible. Un isolement parfois très lourd à supporter pour certains prisonniers qui conduit à des issues tragiques : suicide ou rébellion. Une nouvelle privation vient s’ajouter à la liste des détenus : privation du lien social. 

Au moment du déconfinement, la reprise des parloirs n’a pas été immédiate. La colère des détenus et des familles a conduit les établissements pénitenciers à prendre des mesures : avant chaque parloir, le prisonnier signe un contrat l’engageant à ne pas toucher leur proche, ni enlever le masque fourni pour la visite. Si le contrat n’est pas respecté, le détenu voit son permis de visite suspendu. Il risque même une sanction disciplinaire ou une amende. « Tout cela est très injuste quand on voit à la télévision que des gens s’entassent dans les avions pour partir en vacances ! »

Même avec le déconfinement, les célébrations religieuses, quelle que soit la religion, n’ont pas repris en prison. “En revanche, les aumôniers qui avant le confinement pouvaient venir en cellule, nous reçoivent aujourd’hui dans un bureau qui est loin d’être à l’abri des regards.” Le travail a repris avec port du masque obligatoire. Les détenus n’ayant pas de travail ne se voient pas offrir de masque pour se protéger. Par contre, l’enseignement scolaire, lui, n’a toujours pas rattaqué. La reprise est annoncée pour septembre désormais.

Si vous êtes curieux de la vie en prison, venez lire notre interview avec @DesDétenus, juste ici.

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Rédactrice multimédia

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