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Parlons d’alarmisme utile, derrière un titre on ne peut plus évocateur. Avant le déluge fait partie de ces documentaires pas cléments pour deux sous. Réalisé par Fisher Stevens et produit par Leonardo DiCaprio, il profite allègrement de la notoriété de ce dernier. Un ton certes pessimiste, mais diablement efficace.

Affiche du film Avant le déluge

Avant le déluge est à prendre comme un constat : on y suit la prise de conscience d’un homme qui reconnaît avec humilité son ignorance et ses failles. Seulement ici, ledit homme est un acteur-producteur-réalisateur mondialement connu : Leonardo DiCaprio. Première fausse note et doux sentiment d’ironie quand on sait les années lumières qui séparent l’acteur multimillionnaire de la simplicité d’un globe-trotter. Paradoxe glissant ou volonté délibérée ? Les réalisateurs assument pleinement cette instrumentalisation. Ils expliquent leur choix avec transparence, ce qui nous permet de passer outre le sentiment d’hypocrisie. « Mon empreinte carbone est sans doute bien plus grande que celle de la plupart des gens et parfois je me demande ce qu’il faut faire, en quoi on peut agir? » Il faut croire qu’au fond, on se pose tous les mêmes questions.

© Wikipedia - Le secrétaire d'État John Kerry, le réalisateur Fisher Stevens et le producteur Leonardo DiCaprio à la première du documentaire en octobre 2016

Pessimisme

En guise d’introduction : une compilation de journaux négationnistes, propos douteux et critiques faciles. Une fois ces « broutilles » évacuées, les choses sérieuses peuvent commencer. Les diffamations de bas étage et propos climato-sceptiques paraissent futiles comparés au vrai problème que souhaite soulever le documentaire. Le ton est donné : une succession rapide d’images chocs sur fond de musique inquiétante, un DiCaprio filmé de dos : l’heure est grave. L’acteur, dont la voix accompagne le documentaire en off, se dit pessimiste et doute de l’efficacité de nos efforts. Doutes également quant à son rôle de « messager de la paix » décerné par le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon, en septembre 2014. Quelques plans y sont consacrés, parmi lesquels la déclaration de Ban Ki-Moon « Je compte sur votre pouvoir d’influence et votre vision ». Une notoriété qui va en effet lui ouvrir les bureaux de chefs d’Etat, grands pontes de la science et autres chefs d’entreprises.

Aller à l’essentiel

Pas de fioritures, le montage et la technique sont des plus basiques. Un sentiment d’urgence communiqué par des images efficaces en deux secondes de plan. Quelques infographies sobres. La forme est à l’image du fond : simple et efficace. Tout au long du film, on suit Leonardo DiCaprio dans sa quête d’informations. Il rencontre, tour à tour, le maire de Miami, le Pape, le patron de Tesla, un célèbre astronaute… la notoriété est un passe-droit redoutable. Un sans faute pour l’artiste qui pose des questions pertinentes sans renchérir ou approuver inutilement. Les réponses parlent d’elles-mêmes. Tout le monde est responsable, à commencer par les décideurs politiques, les grandes firmes, et même les citoyens américains. Dans une séquence particulièrement plaisante, on assiste à un remontage de bretelles pédagogique en bonne et due forme de la part de la militante écologiste indienne Sunita Narain.

© Avant le déluge - «Il faut accorder ses actes à ses paroles [...] Aujourd’hui, l’Inde et la Chine investissent plus dans le solaire que les Etats-Unis.»

Trop concis pour être nuancé ?

Parmi les reproches qu’on peut faire au documentaire, le plus pertinent est sans doute un manque de nuances probablement dû à la volonté de faire simple. Les intervenants sont certes éclectiques mais le documentaire ne prend pas le temps d’expliquer le contexte. Peu de place pour le débat, notamment en Chine où les propos officiels ne sont ni remis en question, ni pondérés par une opposition. Aucune mention des limites aux énergies renouvelables non plus. Celles de l’accord de Paris sont, à l’inverse, immédiatement soulignées. Mais ce laconisme est appréciable : les messages sont suggérés, mais clairs. On comprend que le changement doit venir d’en bas grâce aux mots de Greg Mankiw, professeur d’économie à Harvard « nous devons convaincre les américains. Une fois qu’ils seront en faveur de la taxe, les politiques s’aligneront ».

La lumière au bout du tunnel

« Avec les ans, tout est foutu » chantait Léo Ferré. Mais n’allez pas noyer votre impuissance trop vite, Avant le déluge relaie quelques messages positifs, et pas des moindres. La conversation avec feu Piers Sellers, astronaute de renom, est particulièrement touchante. Selon lui « tout n’est pas perdu ! ». Enfin, la conclusion permet de répondre à la question qui nous taraude depuis l’apparition d’une motoneige et d’un hélicoptère à la dixième minute du film : que penser de l’impact écologique de ce tournage ? Alléluia, compensé par le reversement de ses fonds pour la protection des forêts et l’acquittement volontaire d’une taxe carbone, Avant le déluge a des chances de ne pas finir en enfer.

On s’identifie sans peine à ce Leonardo DiCaprio pessimiste, humble et probablement honnête dans sa démarche. Ceux qui en doutent ne pourront pas contester l’efficacité d’un documentaire épuré, dont l’objectif reste de sensibiliser à l’urgence climatique, même s’il faut passer par l’instrumentalisation d’une personnalité mondialement adulée.



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Rédactrice environnement

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