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Ce 29 mars, nous nous sommes réveillés plus ou moins ronchons, en ajoutant mentalement une heure, à celle indiquée par notre horloge. Heure d’été, heure d’hiver, ce décalage horaire volontaire existe depuis 1917 en France. Une mesure qui relève de l’Europe et est aujourd’hui remise en question : permet-elle encore d’économiser de l’énergie ?

 

© Bruno Germany - Pixabay

Quand Benjamin Franklin émet l’idée de décaler nos horaires pour économiser de l’énergie, nous sommes en 1784. Aux États-Unis, c’est la révolution Industrielle. Le changement d’heure ne sera effectif pour la première fois qu’en 1907 : l’inventeur britannique William Willett fait alors campagne contre le « gaspillage de lumière du jour » (« Waste of Daylight », Sloane Square, London, July, 1907). En effet, les deux changements prévus s’effectuent aux moments où le jour s’allonge ou raccourcit. Concrètement, le 28 mars, le jour s’est levé à 6h30 et s’est couché à 19h. Le lendemain, il s’est donc levé à 7h30 et couché à 20h. Nous économisons donc de l’électricité uniquement si nous n’allumons rien entre 6h30 et 7h30. Le jour se lève de plus en plus tôt par la suite, on pourrait donc s’attendre à des économies le matin. Économies le soir aussi : nous nous couchons une heure plus tard, mais à une période où l’ensoleillement dure plus longtemps. Mais dans ce cas où est le problème ?

Controverses

Précisons que l’heure considérée comme « naturelle » est l’heure d’hiver, le décalage du mois de mars est une adaptation choisie par l’homme.

La baisse de consommation d’éclairage pourrait être compensée par l’augmentation des besoins en chauffage le matin au début du printemps. Besoin lui-même discutable en ces temps de réchauffement climatique.

La généralisation des LED crée déjà une économie d’énergie. En 2017, trois quarts des ampoules achetées en France étaient des LED (1).De plus les Français s’éclairent en moyenne 6,7h par jour (2). Si bien que l’économie due aux LED rende celle due au changement d’heure quasiment inexistante.

Une étude portant sur l’État de l’Indiana conclu que la faible économie d’énergie réalisée sur l’éclairage est très largement annulée par une utilisation accrue de la climatisation. Utilisation effective quelle que soit l’heure puisque la chaleur se fiche bien de nos horaires…

Efficacité marginale

En 2005, Energies Demain (3) réalise une première étude. Résultat : une économie d’environ 470 GWh. Et ce, parce que l’augmentation des consommations matinales était inférieure à la baisse des consommations du soir. En 2010, l’Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) publie les résultats d’une étude plus complète, concernant l’éclairage, le chauffage, la climatisation et plusieurs types de locaux. Et là, déception, il s’avère que la fameuse économie du soir est en réalité entièrement compensée par la hausse du matin. Hausse due au lever du jour plus tardif du fait du changement d’heure, on le rappelle. L’impact est donc négatif après analyse, mais reste cependant léger. Même histoire pour les régulateurs de température : surconsommation le matin et sous-consommation le soir. Selon l’ADEME, “L’heure d’été a généré, en 2009, 440 GWh d’économie d’électricité soit la consommation d’électricité de la ville du Havre (hors eau chaude et chauffage)”. Constat nuancé par l’absence des chiffres sur la surconsommation de climatisation automobile et l’augmentation (ou la réduction) de la circulation qu’engendrerait une heure de jour en plus.

Leviers d'action

« Plus les consignes de température sont adaptées à la présence des occupants dans le logement, plus l’impact du régime d’heure d’été est important ». Même si la période heure d’été représente 1 % de la consommation annuelle des ménages, une utilisation raisonnée du thermostat sur l’année n’est pas dénuée de sens. Un levier qui va de pair avec une meilleure isolation des bâtiments.

L’électronique de loisirs va prendre une part de plus en plus importante dans notre consommation d’ici 2030 d’après les projections de l’ADEME. Sans prétendre inverser la tendance, un peu d’auto-régulation sur ce facteur aurait un effet proportionnel à notre utilisation.

L’éclairage public et le secteur tertiaire se révèlent être les grands perdants en termes d’économies d’énergies. Ils compensent les effets du changement d’heure sur le secteur résidentiel, et ça ne devrait pas s’arranger.

À noter que chaque petite action, annule le potentiel impact du changement d’heure.

Une étude de 10 ans d’âge, est-ce bien pertinent ?

Une étude du Parlement européen confirme, en 2017, un impact marginal de ce changement d’heure. Mais ce rapport manque cruellement de précisions et de conclusions formelles. 

Damien Joliton, aujourd’hui chargé de mission pour Transdev, a travaillé sur l’étude de l’ADEME comme membre d’Energies Demain. Selon lui, bien qu’ils aient dix ans, ces travaux ne sont pas du tout obsolète. Quelques mises à jour simple doivent être effectuées, pour prendre en compte la diffusion de nouvelles ampoules par exemple.

Concernant les usages thermiques : « il faudrait peut-être, par pure précaution, vérifier que les consommations de climatisation n’ont pas explosé au point de rendre les hypothèses de cette étude totalement dépassées. Mais, a priori, ça ne me semble pas être le cas… » D’après Damien Joliton, la méthode de simulation utilisée en 2010 est fiable, les résultats d’une nouvelle étude seraient sensiblement les mêmes.

Le 26 mars 2019, le parlement européen a voté pour la fin du double changement d’heure saisonnier en 2021. Lors d’une consultation citoyenne, « des millions de personnes ont répondu et sont d’avis qu’à l’avenir c’est l’heure d’été qui devrait être tout le temps la règle », comme l’expliquait le président de la commission Jean-Claude Juncker (dans une interview donnée à la télévision allemande ZDF) (4).

Sources :

(1) – Association Française de l’Éclairage
(2) – Idem
(3) – Jeune bureau d’étude privé
(4) – 83 % des participants se sont exprimés en faveur de la fin du changement d’heure

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Madeleine Banvillet

Rédactrice

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