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Long de plus de 75 km pour 12 km de large, l’Estuaire de la Gironde est le plus grand estuaire d’Europe occidentale. À la réunion de deux fleuves, la Garonne et la Dordogne, émergent des îles en tout genres : cultivées, fortifiées ou abandonnées… Elles regorgent de merveilles à découvrir pour les marins d’eau douce.

Votre voyage commence sur un quai. À votre droite se trouve le passé : Bordeaux et l’ancien port de la Lune témoignent de l’histoire marchande de la ville. À gauche, le futur s’élève avec le pont Jacques Chaban-Delmas et ses tours de verres avant-gardistes. En face de vous, une étendue saumâtre relie les territoires et les époques : la Garonne. Depuis l’Antiquité, ses eaux boueuses ont transporté négociants, soldats et négriers, mais surtout : des barriques. Le vin et l’eau, une étrange alchimie qui pourrait tourner au vinaigre. Faîtes un pas en avant et laissez-vous porter par le courant…

©Julien Rojo Le Pont Jacques Chaban-Delmas marque la fin du port de la Lune, où la Garonne ressemble à un croissant stellaire.

Le froid vous saisit et l’eau vous enveloppe. Tout autour de vous, de la terre est charriée dans la rivière. Ces sédiments viennent arroser les berges alentours, les rendant fertiles et propices à l’exploitation de vignes. Soudain, les flots changent de direction. Vous avez dépassé le bec d’Ambès, là où la Dordogne et la Garonne se mêlent pour former l’Estuaire de la Gironde. La puissance des deux fleuves combinés érode les côtes et fait apparaître de nouveaux terrains.

Le rouge et le vert

C’est le cas de l’île Verte que vous êtes en train de croiser. Il s’agit de la réunion de trois îles, autrefois indépendantes, qui ont été endiguées pour ne former qu’une unique longue bande de terre au XIXème siècle. Le sol étant très fertile, une petite communauté d’insulaires y habitaient jusqu’en 1991 : les “iloux”. Les conditions de vie étaient dures, et l’alcoolisme très répandu. Mais l’isolement de l’île a permis de protéger les vignobles locaux face à des insectes, comme le phylloxéra, qui ravageaient le continent. Aujourd’hui, l’îlot n’est plus visitable : c’est une réserve naturelle gérée par la Fondation du littoral. Les digues y sont laissées à l’abandon et les oiseaux repeuplent ses marais. 

Pour vous dégourdir les jambes, préférez sa petite voisine : l’île Margaux. Ce petit îlot de 20 hectares est l’un des derniers à produire du vin sur l’estuaire. Et ce, sans interruption depuis le XVIIIème siècle ! Attention, il n’est visitable que sur rendez-vous. Véritable écrin de verdure, l’île bénéficie d’un microclimat. Les vents balayent l’estuaire et les eaux froides de la Garonne rafraichissent les sols.

Toujours plus fort

Armez les canons ! Au milieu des flots, un fortin vous surveille. Il a été construit sur un banc de sable à la fin du XVIIème siècle, en même temps que deux forteresses voisines : la citadelle de Blaye et le fort Médoc. Ce « Verrou de Vauban » devait protéger Bordeaux des invasions marines grâce à des tirs croisés entre les trois places fortes. Le temps a passé et les Anglais n’ont jamais débarqué. L’île Pâté est désormais privée. Le lierre a remplacé les soldats et le fort s’enfonce lentement dans le sable. Pour le voir, il faut donc rester à distance.

©GBR2blaye Le fort Pâté a été classé au patrimoine mondial de l’Unesco en 2008.

À quelques encablures du fort Pâté, les promeneurs seront ravis par les îles : Nouvelle et l’île de Patiras. Tout comme l’île Verte, elles furent habitées par des îloux et plantées avec de la vigne. L’île Nouvelle, en réalité la réunion de l’île Sans-Pain et l’île Bouchard, avait jusqu’à 120 habitants en 1920. Leur village fait partie d’un circuit de quatre kilomètres permettant de découvrir la pointe sud de l’île. Elle est devenue une réserve naturelle en 1991. Au milieu des roseaux et chants d’oiseaux, une balade reposante et instructive attend le promeneur. 

L’île de Patiras servait autrefois de quarantaine pour les marins rentrés du Nouveau Monde. Elle est désormais dédiée aux gourmets. Au pied du phare de l’île, un restaurant accueille les visiteurs le temps d’un déjeuner sur l’herbe. 122 marches et 30 mètres de haut plus tard, les courageux peuvent profiter d’un panorama sur les champs recouvrant l’île.

Interessé par la vie insulaire ? Une équipe de France 3 Nouvelle-Aquitaine s’est immergée sur l’île de Patiras.

Roi soleil

Votre périple s’achève bientôt. Alors que vous dépassez la Pointe de Grave, où l’estuaire se jette dans l’Atlantique, une lumière apparaît. Le phare de Cordouan vous accueille. Achevé en 1611, il est l’un des plus vieux phares de France et le dernier possédant des gardiens. Ce « Versailles de la Mer » possède une improbable architecture baroque et une chapelle dédiée aux rois de France. Il est visitable durant la belle saison, en fonction des marées.

©Estelle Menaud – SMIDDEST À marée basse, l’îlot où est construit le phare et l’île « Sans Nom » apparait.

Guidé par le faisceau du phare, vous atterrissez sur une terre qui n’existe pas. C’est l’île « Sans-Nom », absente des cartes. Ce banc de sable est apparu suite à la tempête Klaus en 2009. Des plantes, des oiseaux puis des plaisanciers occupent la surface de ce qui pourrait être le prochain paradis pour les Robinsons sur la Gironde. L’estuaire n’a donc pas fini de changer.

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One Reply to “Estuaire de la Gironde : mettre du vin dans son eau”

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