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Elle est partout, s’attaquant aux villes côtières, aux estuaire,s et même aux littoraux : l’érosion marine. Véritable force de la nature, elle fait reculer près de 24 % des côtes françaises selon le programme européen EUROSION. De multiples solutions sont possibles pour y faire face, mais les remèdes sont parfois pire que la maladie.

© Julien Rojo. Enrochement

Vitres brisées, couloirs abandonnés, cloisons abattues… Au loin, des mouettes ricanent de la tragédie qui s’est déroulée dans ces murs. Achevés en 1970, l’immeuble « Le Signal » à Soulac-sur-Mer (Gironde) devait être le fer de lance d’un grand projet de résidences balnéaires à 200 mètres de l’eau. Un demi-siècle plus tard, la dune n’est plus là et la mer s’invite au bord de la terrasse. En 2014, les vagues ont repoussé les résidents de l’immeuble, devenu une coque de béton vide prête à s’enfoncer dans l’océan. L’exemple du « Signal » n’est pas un cas isolé d’érosion côtière.  Selon le site banquedesterritories.fr plus de 850 communes françaises sont menacées par des risques de submersions marines, soit près d’1,4 million de personnes. Le trait de côte, cette ligne séparant la terre de la mer, recule sur près de 20 % du territoire. Certaines régions comme la Nouvelle-Aquitaine ont la majorité de leurs littoraux menacés.

© Julien Rojo. En 2010, la tempête Xynthia a accéléré dangereusement l’érosion de la dune qui soutenait « Le Signal ».

Reculer pour mieux sombrer

Les côtes ne sont pas fixes. Elles sont le résultat de plusieurs forces opposées. D’un côté, les vents et les fleuves apportent du sable et des sédiments sur les plages : c’est l’accrétion qui élargit le littoral.  De l’autre, l’érosion arrache un peu de ces matériaux à chaque vague et les emporte au large. Pris dans les courants, ces sédiments se retrouvent déplacés un peu plus loin sur la côte : c’est la dérive littorale. Un fragile équilibre entre ces forces maintenait le littoral tel quel. Un équilibre aujourd’hui rompu. La construction de ports et de digues a, en partie, réduit l’apport en matériaux vers l’océan. Ils perturbent la dérive littorale qui répartissait uniformément du sable sur les plages. Les tempêtes, plus nombreuses et violentes à cause du réchauffement climatique, arrachent encore plus de sédiments à la côte. Résultat : le littoral recule, mettant en danger les bâtiments sur le front de mer.

La meilleure défense…

Résister à la mer, c’est résister à l’impossible. De nombreuses communes ont employé des méthodes drastiques pour limiter l’avancée des vagues, comme l’apport par camions entiers de tonnes de sable sur les plages. Une initiative onéreuse qui est balayée par les vents chaque année. Une solution plus efficace serait la construction de digues en pierre, plus résistantes aux assauts marins. Si les enrochements « fixent » le littoral là où ils sont, la mer creuse davantage les espaces à proximité.

En 10 ans, la commune de l’Amélie (Gironde) a dû enrocher sa plage pour stopper l’érosion qui menaçait son front de mer.

…n’est pas l’attaque

Des solutions, dites « douces », prouvent, au contraire, leur efficacité. Des filets et des barrières de bois, installées dans les dunes par l’Organisme Nationale des Forêts (ONF), réduisent l’enlèvement de sables emportés par le vent. Lentement mais sûrement, la dune se stabilise.  Ces brise-vent servent aussi à limiter le passage des plaisanciers dans les dunes, autre facteur d’érosion. L’ONF plante également des pousses d’oyas qui s’ancrent dans le sol et retiennent le sable. Sur les façades rocheuses, l’érosion est irréversible. On peut cependant renforcer les falaises, via des grilles de protection, pour ralentir la dégradation des roches.

© Julien Rojo. Poteau dunaire

Ces solutions ne sont valables qu’à moyen terme. La mer prendra toujours le dessus. À voir, si elle prendra aussi l’Homme.

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