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Chaque année, l’île de la Réunion connaît un phénomène migratoire important. Les pétrels, des oiseaux marins propres à l’île, reviennent au même terrier pour y retrouver leur partenaire. Une migration, aujourd’hui, grandement menacée par la pollution lumineuse de l’île.

© Maans Booysen - Birding Weto

Le Pétrel de Barau, aussi appelé « taille-vent », est une espèce endémique de la Réunion. Il vit entre 2 300 et 3000 m d’altitude dans les massifs tels que le Piton des Neiges, le Grand Bénare ou encore le Gros Morne. Cet oiseau marin est le seul au monde, avec le Pétrel de Hawaï, à nicher en haute altitude. Il creuse des terriers dans des replats proches de falaises et y niche habituellement, chaque année, avec le même partenaire. Pendant l’été, le pétrel se reproduit ; arrivé à la colonie en septembre, il pond en octobre et les oeufs éclosent fin décembre. Les adultes repartent en mars, laissant les petits s’envoler seuls en avril.

La ville, cet enfer

Depuis la fin des années 1990, la pollution lumineuse sur l’île a engendré un grand nombre d’échouements de pétrels. Pour s’envoler, les tout jeunes oiseaux ont besoin de hauteur et se repèrent grâce au reflet de la lune sur l’océan Indien. Perturbés par les éclairages publics, ils s’écrasent au sol en pensant être arrivés sur l’eau. Une fois à terre, à cause de leurs pattes palmées et de leurs ailes proéminentes, ils n’arrivent pas à redécoller. Ainsi, ils deviennent extrêmement vulnérables et sont à la merci des chats sauvages, des rats… Ils périssent aussi de déshydratation ou encore de collisions avec des infrastructures urbaines, des panneaux, des voitures, des poteaux électriques… L’envol des oiseaux ne dure que quelques semaines entre avril et mai, et pourtant, des centaines de pétrels tombent au sol…

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« Dans le noir pour éclairer nos trésors ». Pour améliorer la situation, des solutions ont été mises en place par le territoire. C’est ainsi que sont nées les Nuits sans lumière, aujourd’hui appelées les « Jours de la Nuit ». Portée par le Parc national, la Société d’Etudes Ornithologiques de la Réunion (SEOR), le Conseil de la Culture, de l’Éducation et de l’Environnement (CCEE), EDF Réunion et bien d’autres, l’opération prend un peu plus d’importance à chaque édition. Pendant près d’un mois, souvent en avril, plus d’une quinzaine de communes éteignent les lampadaires de leur ville pour ne pas perturber les pétrels. Ce mois s’accompagne de nombreuses actions de sensibilisation : des randonnées nocturnes accompagnées d’un astronome, des soirées contes, des expositions, des observations d’étoiles, des lâchers de pétrels… L’objectif ? Former chaque citoyen ou futur citoyen de l’île à venir en aide aux pétrels. 

En 2019, 457 oiseaux ont été signalés durant la période d’échouage en avril et mai. 389 ont pu être sauvés et relâchés.

Un engagement important

De nombreux acteurs privés et publics s’engagent pour faire comprendre, sensibiliser et partager aux enjeux environnementaux de la pollution lumineuse, mais aussi pour agir et lutter contre cette dernière… Les Nuits sans lumière est un événement qui porte à la fois sur la préservation de la biodiversité et sur les économies d’énergies. Les avantages de mieux gérer l’éclairage sont nombreux : améliorer sa santé, préserver les écosystèmes nocturnes, réduire sa facture d’électricité, mieux observer les étoiles, protéger les tortues marines…

Ces nuits sans éclairage s’inscrivent dans un projet plus large. En effet, les deux espèces de pétrels présentes sur l’île étant à protéger, d’autres actions comme la recherche des sites de nidification du Pétrel noir dans les hauts remparts de l’île, le suivi des populations au sein des colonies de Pétrels de Barau ou encore des captures de prédateurs sont mises en place. Elles s’inscrivent dans le projet LIFE+ Pétrels qui a pour but d’empêcher l’extinction de ces deux espèces à la Réunion. À côté de cela, le programme réfléchit évidemment à des éclairages plus respectueux des oiseaux sur le long terme. En attendant une idée lumineuse, le pétrel de Barau bat de l’aile !

 

D’autres espèces sont elles aussi menacées telles que ce chouette perroquet.

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Rédactrice web

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