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Selon l’Agence de l’Environnement (ADEME), le numérique, c’est 3,3 % de la consommation mondiale d’énergie. Autant que l’agriculture. Alors, puisqu’on a décidé de mieux manger, si on décidait de mieux surfer. Pas question cependant de ruiner toute l’activité du secteur ou de se passer radicalement d’Internet. Les études montrent qu’un usage raisonné suffirait à concilier transition numérique et durabilité.

Batteries économes, processeur ultra rapides, e-commerce, agriculture 2.0 … en théorie, le numérique est un outil pour réduire notre consommation d’énergie ou notre temps de travail. Paradoxalement, nous consommons de plus en plus de ces technologies dont on a augmenté l’efficacité ou la facilité d’usage… c’est ce que constate le think tank The Shift Project, à l’origine du rapport « pour une sobriété numérique » publié en 2017. Ce « laboratoire d’idées » propose des solutions aux entreprises et décideurs pour tendre vers un usage raisonné du numérique. Car un outil numérique pollue depuis sa conception, jusqu’à son recyclage (quand il est recyclé). À ce sujet, l’Agence de l’environnement (ADEME) a publié en 2019 le rapport « La face cachée du numérique ».

Part des émissions mondiales de CO2 du numérique comparée à celle de pays et répartition des émissions du numérique par source en 2019 © Statista
Part des émissions mondiales de CO2 du numérique comparée à celle de pays et répartition des émissions du numérique par source en 2019 © Statista

À peine acheté, le mal est déjà fait

La fabrication d’un smartphone génère 400 fois plus de gaz à effet de serre (GES) que son utilisation. Ainsi, un appareil conservé deux ans par son utilisateur, aura réalisé 90 % de son empreinte carbone totale avant même d’avoir été acheté. La consommation énergétique totale induite au cours du cycle de vie de cet équipement se réalise donc à 90 % avant même son achat.

« Une bonne partie des enjeux environnementaux du numérique n’est donc pas liée à l’usage que l’on en fait, mais en grande partie au volume de matériel produit, à son processus de production, et à sa durée de vie. »

The Shift Project - Janvier 2020

Et il en va de même pour les ordinateurs, tablettes et télévisions. En moyenne, il faut mobiliser de 50 à 350 fois leur poids en matières pour produire ces appareils électriques, soit par exemple 800 kg pour un ordinateur portable de 2 kg. Puisque c’est la fabrication de ces appareils qui pollue essentiellement, la première chose à faire n’est pas de s’en séparer définitivement, mais de les conserver le plus longtemps possible. Petit à petit, nous devrions tendre vers un usage plus économe en énergie.

Des conseils pour faire durer votre équipement à retrouver sur ce site.

© Madeleine Banvillet - Canva
© Madeleine Banvillet - Canva
© Madeleine Banvillet - Canva
© Madeleine Banvillet - Canva

Des voix dans le désert

On compte pourtant quelques actions militantes et des initiatives qui tentent de sensibiliser à cette pollution. En novembre 2018, 60 youtubeurs et militants s’engageaient via « On est prêt ». Une campagne dont l’objectif était de sensibiliser les jeunes en leur envoyant chaque jour un « défi écolo » pendant un mois … le tout via des vidéos YouTube gourmandes en énergie. Le vendredi 19 septembre, des employés de la Big Tech (Silicon Valley) se sont joints aux jeunes dans la grève mondiale pour le climat. Ils demandaient à leurs employeurs (Google, Facebook et Amazon entre autres) de réduire leur impact sur l’environnement.

2011, un dirigeable de Greenpeace survole le siège de Facebook pour dénoncer la pollution numérique © Pensareco

L’association Négawatt alerte pourtant depuis 2001 et sillonne la France pour donner des conférences à qui veut opérer une transition énergétique sans se couper de l’Internet.

Streaming : la folie des grandeurs

Le streaming mondial émet, chaque année, presque autant de CO2 que l’Espagne, c’est-à-dire 300 millions de tonnes. « L’impact énergétique du visionnage de la vidéo est environ 1500 fois plus grand que la simple consommation électrique du smartphone lui-même. » illustre le rapport de The Shift Project, avant d’ajouter que le virtuel utilise des infrastructures qui nécessitent de l’énergie et quantité de matières première. Le rapport conclut qu’il est possible de conjuguer transitions numériques et écologiques, à condition d’opter pour la sobriété.

« […] notre scénario ne remet pas en cause le principe même d’une Transition Numérique : le volume de données transitant dans les data centers croît de 17 % par an, le trafic sur les réseaux mobiles de 24 % par an, le nombre de nouveaux terminaux produits chaque année se stabilise au niveau de 2017. »

Pas de panique

La pollution due au numérique provient essentiellement de la fabrication du matériel et de la production de l’énergie qu’il utilise. Dans l’Union européenne, le kWh ne pèse plus que 330 g de Co2, notamment parce qu’il provient en grande partie du nucléaire. D’après l’ADEME, la production d’énergie ne représentait que 10.7 des émissions de GES en France en 2017. Aussi, il ne s’agit pas de ne plus consommer d’énergie, et donc de se dénumériser. Selon Hugues Ferreboeuf, chef de projet à The Shift Project, il est impératif que les entreprises et les dirigeants prennent conscience que c’est l’usage déraisonné que nous en faisons qui nuit à l’environnement. Pour continuer à surfer librement sur ce que le net à de meilleur, il faudrait que ses plus gros utilisateurs réduisent leurs usages au nécessaire. Et nous de limiter notre consommation d’appareils.

Un impact compliqué à quantifier

Il nous est parfaitement impossible de quantifier l’impact environnemental de cet article. Au vu du nombre d’articles parcourus, de rapports téléchargés et de mails envoyés, son poids en équivalent GES devrait se situer non loin de celui d’un dromadaire adulte. Nous comptons donc sur vous, pour compenser ces émissions en mettant à profit le contenu de cet article.

© Madeleine Banvillet - Canva
© Madeleine Banvillet - Canva

Vous l’aurez compris, le numérique, on ne compte pas s’en passer demain. Malheureusement, son impact environnemental n’est pas négligeable. Mais nul besoin de s’étendre et de se mettre un sac en papier sur la tête, ça n’aidera en rien. A la place nous vous proposons un Guide du voyageur éco-numérique consultable ici.

Vous voulez en savoir plus ? 

Françoise Berthoud, « Les impacts écologiques des Technologies de l’Information et de la Communication » (Français) Broché – 16 novembre 2012

Florence Rodhain, « La nouvelle religion du numérique : Le numérique est-il écologique ? » (Français) Broché – 29 août 2019

Philippe Bardonnaud, Pascal Dervieux, Vanessa Descouraux, «Cliquer, c’est polluer» Interception, France Inter – 6 novembre 2016

Sources : ADEME, Ministère de l’Environnement, de la Transition écologique,The Shift Project : « Rapport intermédiaire / Déployer la sobriété numérique » – Janvier 2020

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Rédactrice environnement

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