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Il a la voix calme et profonde d’un yogi, mais ne vous y trompez pas : le Jurassien a les deux pieds bien ancrés dans ce monde-ci. Il aime les gens, les regards, le partage. Il aime transmettre. En fait, Guillaume François aime la vie. Sous tous ses aspects. Pour lui, la photographie n’est pas qu’une affaire d’art, c’est avant tout un outil.

© Guillaume François

Avez-vous déjà éprouvé un sentiment de « confiance aveugle » ? À 17 ans, déçu par le peu de formations qui s’offrent à qui veut travailler dans la nature, Guillaume François devient photographe professionnel. « Pourquoi ça ne fonctionnerait pas ? » s’est-il dit. Photographe. Un terme qui, cependant, ne lui plait pas. Il y trouve un aspect « voyeuriste » qui le dérange. « Je me vois plutôt comme un naturaliste, l’image est un moyen. Elle ne se suffit pas. » Il s’en sert pour insister sur la nécessité du vivant, et le rôle des espèces, en un mot : pour transmettre. Il anime des conférences dans des écoles mais aussi des milieux défavorisés ou des prisons. Homme engagé ? À n’en point douter. Ses photos témoignent d’un respect infini et d’un amour sincère pour la nature qu’il « capture ». S’il « déclenche avec le cœur », c’est pour « prolonger l’âme » de l’animal sur un support figé. Sa philosophie : la pédagogie par les émotions « quelque chose qui est beau, c’est quelque chose que l’on aime. Et quelque chose que l’on aime on le protège ». Voilà qui n’est pas sans rappeler une certaine Jane Goodall. Effectivement, guidé par l’exemple de cette illustre primatologue, il se sert de son regard et de ses images pour nous montrer ce qu’il y a à aimer.

« Je suis intimement convaincue qu’il est essentiel de commencer par apprendre aux enfants à être respectueux envers toute vie. »

Jane Goodall

© Guillaume François-Jeune Lynx Boréal

Bien sûr, il est conscient de l’urgence et de l’étendue de la bêtise humaine mais « on est dans une société où on brasse de l’info négative H24 […] et brasser un peu de positif parmi cela je pense que c’est bénéfique ». Confiance… et optimisme !

Quand on lui demande ce que ça fait de rencontrer un animal, silence, puis longuement, il raconte. L’affût, la symbiose, l’attente et la rencontre « à un moment donné il apparaît à 10-15 mètres de vous, et à ce moment, il voit qu’il y a “quelque chose” dans son environnement. Des fois j’ai beau être sur un trépied je tremble. Et puis, c’est là que vous voyez l’animal qui plonge, une demie-seconde, son regard dans vos yeux. Là, vous percevez, intimement, la fragilité, la force de la nature et sa beauté. Tout est réuni dans une seconde de regard intense et… et quand vous avez l’opportunité de vivre ça, voilà, c’est exceptionnel ». Puis, il ajoute : « C’est aussi puissant que quand votre compagne vous regarde amoureusement. Moi, la nature je la regarde comme ça, de manière très amoureuse… »

Conclusion ? Partageons ce qui nous passionne. « J’aurais plutôt tendance à rester au fond des bois… mais je sens que mon rôle ce n’est pas ça. » Il s’accommode plutôt bien des réseaux et de la « communication ». L’Homo Guillaumiens ne saurait se passer de ses congénères, alors il communique, ça oui, mais avec honnêteté. Pas d’hypocrisie, ses propos sont à l’image de ses photos, sans retouches et spontanés.

© Guillaume François-Fou de Bassans

Il a un recul qui n’est pas sans rappeler celui du photographe Jérémie Villet « Je pense que c’est lié au fait d’être dans la nature, elle permet de voir l’essentiel, d’ouvrir un peu les choses… juste pour penser et se laisser quelques minutes. » Coïncidence ? Lui aussi incite les gens à s’asseoir au pied des arbres… « Le vivant ça permet de se ressourcer, c’est comme si on se branchait à une prise dans la nature qui nous recharge ». Son remède à l’anxiété, au stress et au burn out : s’asseoir sous un arbre.

« Il faut voir la nature comme une bibliothèque où s’inspirer, pas comme une ressource à exploiter »

© Guillaume François-Fourmilière

Guillaume François est, certes, un naturaliste doué d’un talent certain pour l’image, mais il est aussi bigrement cultivé. Physique quantique, immunité, lobe frontal et infiniment petit : des termes bien précis qu’il sème, l’air de rien, tout au long de la conversation. En réalité : le vivant le fascine. Il a dû être écologue dans une autre vie. « À mon sens on réglera le problème de la nature quand on saura régler le problème humain. »

Vient enfin le sujet du confinement et son lot d’espoir, changements et prises de conscience. Notre rythme de vie effréné nous a coupé de l’essentiel « et je trouve ça très triste d’une certaine manière ». Nous nous sommes fermés à un émerveillement propre aux enfants et à certains peuples encore connectés à leur environnement. « Il faut qu’on retrouve cette magie-là. » Réinventer une société solidaire, sensible et consciente de la répercussion de ses actes. Idéaliste ? Si peu. Il enchaîne avec quelques mots sur l’ambivalence de l’humain et son égo un peu trop important « alors qu’un escargot de 3 mm est fon-da-men-tal. »

« Je crois qu’il est temps de semer quelques graines d’espoir dans ce monde… et de s’émerveiller tout simplement »

© Guillaume François-Renardeau dans les fleurs

Et pour la jeunesse, qu’est-ce qu’on fait ? « Je ne sais pas si je donnerai le bon exemple » dit-il avec humilité « mais je lui dirai d’écouter son cœur. Naturellement, on sera un peu guidé vers les directions qui sont justes pour nous. Aujourd’hui tout est possible, avec les réseaux, les associations ». Soyons fou, soyons audacieux : croyons en nos rêves. La question n’est pas ce qu’on a « envie de faire » mais « ce qu’on a envie d’être, d’incarner […] il ne faut surtout pas se brider , il ne faut SURTOUT pas se dire je ne vais pas y arriver […] Prendre conscience de ce qui nous entoure et se responsabiliser, en évoluant le plus en adéquation avec le vivant, gardons cela en tête, c’est fondamental. »

Thé ou café ?

– « Ours, simplement sauvage » ou « Demain » ?

« J’aime bien la vision d’Ours, simplement sauvage, voilà rien que dans le titre on a l’essentiel […] j’aime l’éthique de cet homme. »

– Hugo Clément ou Cyril Dion ?

« Hugo Clément ! » Il admire la personne et son engagement « par ce qu’il est, ce qu’il incarne, on s’identifie et la prise de conscience de nos actes quotidiens évolue, j’invite tout le monde à lire ses livres ! »

– Lynx ou renard ?

« Ah… comment peut-on choisir… ! J’ai pas le droit de dire les deux ? » D’accord, ce ne sera pas l’un ou l’autre mais nous dirons « le lynx parce que c’est un animal énormément persécuté, tout comme le renard […] et il faut en parler »

– Plaine ou forêt ?

« Forêt. C’est le milieu qui m’a vu naître, et qui subit énormément d’agressions. J’ai de plus en plus de mal à trouver zone de quiétude, c’est des endroits qui se réduisent considérablement. »

– Un coin de France que vous aimez particulièrement en dehors du Jura ?

« Le Mercantour […] c’est un massif très sauvage, on se rend compte à quel point on est fragile et vulnérable, ça nous remet à notre juste place »

Pour poursuivre :

  • Un film : Avant le déluge, de Fisher Stevens.
  • Un livre : Savoir Penser Rêver: les leçons de vie de 12 grands scientifiques, par Jean-Claude Ameisen, François Ansermet, Françoise Barré-Sinoussi, Agnès Bénassy-Quéré et 8 autres chercheurs.
  • Guillaume François travaille en ce moment sur un projet vidéo qui devrait être publié sur sa chaîne YouTube, ainsi que sur les réseaux, à surveiller.
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Rédactrice environnement

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