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Photographe et randonneuse aguerrie, Sandra Bérénice Michel pourrait être notre Davy Crockett à nous. Derrière une maîtrise redoutable des arts du pistage, de l’affût et de l’image, se cache une vocation à transmettre sa passion.

© Sandra Bérénice Michel - Bouquetin dans le Beaufortain

Technique d’aguet, photo et matériel, ne cherchez plus, le couteau suisse a migré vers le Beaufortain : Sandra Bérénice Michel est une pro lorsqu’il s’agit de penser pratique. Et les photos de la jeune femme traduisent bien plus qu’un simple goût pour les sciences rationnelles du cadre et de la distance focale. Avant d’être photographe et formatrice, Sandra est une contemplatrice, calme et réfléchie, de cette nature qu’elle respecte plus que tout. Elle raconte son parcours d’une voix particulièrement expressive, chaque sourire est un mont, ses pauses font des vallées. Elle enchaîne failles, replats et monticules avec un dynamisme entraînant. Sa voix est en relief.

ⓒ Sandra Bérénice Michel - Aiguille du Grand Fond

« Les gens qui viennent à mes stages photo, pensent venir pour apprendre les bases de la photo. Mais en réalité les stages se déroulent toujours sur un espace Natura 2000 (protégé) hyper riche et je passe mon temps à leur parler de biodiversité et autres sujets qui nous touchent. » Pour elle, la photo est un outil de sensibilisation. 

ⓒ Sandra Bérénice Michel - Chouette Hulotte

Entre fermer les yeux sur les dégâts de photographes peu consciencieux et leur transmettre une façon plus éthique d’être dans la nature, Sandra a choisi. C’est manches remontées et boîtier photo à la main qu’elle a monté son entreprise et s’est lancée avec détermination dans une croisade pédagogique contre « l’instagrameur du dimanche ». Croisade qui consiste en un séjour « propre et éthique » revenant sur les bases d’un comportement éco-responsable. « C’est le cheminement pour aller à la photo qui est important […] et les gens le perdent de plus en plus de vue, un peu à cause des réseaux sociaux ». Elle a de l’énergie à revendre. Tout s’enchaîne, la photo, les formations, les enfants, « […] il faut bien leur expliquer que pour décorer le cadre, on ne va pas enlever les pétales de la fleur parce que ça fait joli, il faut en laisser pour les abeilles … et je crois que je me suis un peu éparpillée » Façon puzzle. Elle insiste sur l’importance des petits gestes « chaque petite graine est importante ».

« Tant qu’on peut transmettre à la jeunesse, et bien, c’est gagné. Parce que c’est eux qui feront demain »

ⓒ Sandra Bérénice Michel - Brame du cerf dans les Alpes du Sud

Futée, et déterminée. Un caractère qu’elle se forge très tôt, pendant les 6 premières années de sa vie qu’elle passe en Côte d’Ivoire au côté d’un père chasseur-pêcheur. Une enfance à base de liberté, de grands espaces et de pistages discrets. « J’adorais ça, être un fantôme au milieu de la nature, et juste, passer des moments avec la faune proche de moi et les regarder vivre en fait… » À ce moment-là, sa voix a la fluidité d’un ruisseau. Sandra adopte une position modérée face à l’institution « chasse, pêche et tradition ». Chasse loisir, vénerie sous terre (directement au terrier), chasse à court « tout ça c’est pas possible » tranche-t-elle. Sujet qui fâche ? Du tout. Pour changer les choses, elle reste ouverte et mise sur la médiation. La pédagogue reprend le dessus. Celle qui croit en la cohabitation explique le loup, la meute, les territoires, avec l’enthousiasme d’une maîtresse d’école et la précision d’une instructrice militaire. «Le vrai souci des bergers n’est pas le loup mais la décentralisation de notre consommation» dit-elle de sa voix de granite.

« L’homme déboula sur la Terre, zigouilla les bêtes, fissionna l’atome, traficota le gène, modifia les organismes, acidifia les sols, plastifia les mers et barbouilla l’atmosphère. Tout cela en si peu de temps : quel talent ! Puis il nomma “nuisibles” ceux qui ne participaient pas à l’entreprise. » Vincent Munier

ⓒ Sandra Bérénice Michel

Envolé le pragmatisme du colonel Sandra, quand elle parle du loup, c’est d’un 6ème sens qu’il s’agit. Elle s’efface totalement derrière cet appel « quelque chose qui m’a dit “Sandra, il faut que t’y aille, il faut que tu suives ça”» Mélangez émotions et rationalisme dans un grand bol d’intuition, vous aurez une idée de qui est Sandra. Depuis quelques temps, elle cherche plus qu’une entrevue à la dérobée, à travers un affût, une véritable rencontre avec l’animal. La dernière en date concerne une harde de chamois, avec laquelle elle s’est retrouvée nez-à-nez malgré ses efforts pour l’éviter « je vais essayer de la faire courte » 10 minutes plus tard, on sent presque le vent charrier des odeurs de montagne, et Sandra continue à raconter « je perd le compte, je pensais être à 9 chamois,  je me dis c’est bon je vais pouvoir passer par le haut pour remonter et les contourner, et quand je passe par derrière je tombe sur l’un d’entre eux. Il y a ce moment qui pour l’instant n’est pas agréable parce que je déteste déranger la faune[…] il m’a vu, on se regarde, ok… […] celui là je le reconnais, il me tolère régulièrement. Il me regarde un moment puis il reprend son chemin sans être perturbé. Arrivée en haut je me re-retrouve face à lui mais avec un deuxième chamois. Il me regarde, je le regarde, je me dis bon, tout va bien on se connait, […] et en face de moi il y a un autre chamois, une femelle que je connais pas. Et je les vois s’échanger des regards, vraiment je sens le truc de celui de gauche qui dit a celle d’en face “vas-y va voir”»

Allongée sur le sol pour ne pas l’effrayer, elle voit la femelle s’approcher, sereine, curieuse. « on sent ce côté confiance en l’autre, je sais que j’ai rien a craindre » Mais ce n’est pas fini « ça je ne l’ai toujours pas compris, ils sont tous redescendus comme si l’un d’entre eux avait envoyé un message, je me suis retrouvée entourée par toute la harde mais … je ne les connaissais pas tous ! » et pourtant, à cet instant les rôles sont comme inversés, elle est l’animal, ils sont les pisteurs. « Les petits sont venu à 2-3  mètres[…] et ce que j’ai aimé c’est cette confiance qu’il y avait, même si j’ai ce côté “raisonné” qui me rattrape, il faut pas qu’ils s’habituent à ça, je ne reviendrais plus ! ».

ⓒ Sandra Bérénice Michel - Les deux petits rencontrés par Sandra

Celle qui ponctue son récit de pensés rationnelles sur les distances de sécurité et la météo avoue « j’ai débranché et juste plongé mes yeux dans les leurs comme ils le faisaient et c’était juste … j’ai pas les mots » Pas les mots, c’est sans doute pour ça, les photos.

Thé ou Café ?

L’Appel de la forêt ou Vendredi et la vie sauvage ? 

«Instinctif : L’appel de la forêt ça résonne plus en moi »

-Mike Horn ou Bernard Ollivier ? 

«Mike Horn. Bernard Ollivier c’est un bon journaliste mais bon, le côté aventure, Mike Horn quand même c’est autre chose.»

-Martin pêcheur ou Cerf ? 

«Martin pêcheur»

-Plaine ou montagne? 

« Montagne » Une raison particulière ? « Oui, c’est plus dur.»

-Un coin de France que vous aimez particulièrement ?

« Il y en a énormément … non aller on ne va pas dire le Beaufortain» le choix est dur, beau pays que la France, «sortir un seul coin comme ça … les montagnes ? » Beaufortain, Vanoise, Pyrénée …

 

Pour aller plus loin: 

  • Les photos de Sandra et sa chaîne Youtube qui accueillera bientôt une nouvelle vidéo
  • Sauvage par nature, Sarah Marquis
  • Le travail d’une autre vidéaste pleine de talent : Camille Meunier
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Rédactrice environnement

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