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Tout droit revenu des années 80, le disque vinyle est de retour dans les bacs. La production de ce format repart de plus belle, tout comme la pollution associée. Un problème environnemental auquel beaucoup d’entreprises, telles que M’ Com Musique, ont essayé de faire face, avec des succès variés.

© Julien Rojo

On le croyait éteint et pourtant, le roi fait son retour. Détrôné dans les années 90 par le CD, plus léger et compact, le vinyle connaît un regain d’intérêt depuis quelques années. Selon un rapport du syndicat national de l’édition phonographique (SNEP), les ventes de vinyles ont quadruplé depuis 2015 passant de 0.9 million à plus de 4.1 millions en 2019. Un beau score qui représente 7.4 % du chiffre d’affaires du secteur musical, à l’heure du streaming. Pour Antoine Ollivier, co-fondateur de M’Com Musique, ce retour s’explique par une saturation du numérique. « On peut écouter de la musique partout et à volonté, mais on ne sait pas vraiment si elle nous appartient. Alors on revient à l’essentiel : un objet physique que l’on peut palper, regarder, collectionner et dont on peut même  se vanter ». Cette recherche de concret, presque un besoin matérialiste, a permis la relance d’un secteur autrefois moribond : le pressage de vinyles.

Faire bonne impression

En 2010, il ne restait plus qu’une seule usine de pressage française, MPO, gravant des vinyles depuis 1957. Avec le retour du vinyle vers 2014, c’est tout un savoir-faire et du matériel que les nouvelles sociétés ont dû acquérir. Une expérience partagée par Antoine Olivier : « Quand nous avons commencé, l’immense majorité du parc machine français avait été détruit ou vendu. On ne pouvait pas se permettre d’acheter une machine au Mexique pour la rapatrier. Alors nous avons improvisé en montant notre propre machine. Cela nous a permis d’apprendre et de maîtriser l’ensemble de notre processus de fabrication ». Hormis quelques améliorations, le processus de fabrication est resté le même qu’il y a un demi-siècle.

Le polychlorure de vinyle (PVC) est toujours utilisé dans les industries en raison de son faible coût, sa résistance thermique et sa facilité de transformation. Il est composé de 57% de sel et 43 % de dérivés pétroliers. Pour la fabrication de disques, on y ajoute des adjuvants tels que du plomb ou du cadmium, deux substances connues pour leur toxicité, afin de renforcer la stabilité du PVC. Ces produits sont souvent importés d’Asie, ce qui augmente leur empreinte écologique. Si la majorité des matériaux sont réutilisés en interne ou par des entreprises spécialisées (pour le PVC), le reste n’est pas recyclable.

L’autre difficulté provient de la forte consommation électrique des installations. Les anciennes presses, qui composent une grande partie du parc machine, sont très énergivores en comparaison à des modèles récents plus performants. Une piste qui pourrait être intéressante pour les entreprises : consommer moins d’énergie, c’est plus de rentabilité. Cependant, cela se heurte à une réalité économique. Certaines jeunes sociétés de pressage ne peuvent pas se permettre financièrement d’investir dans de nouvelles machines.

Ne pas se voiler la face

Pour réduire l’impact écologique des disques, plusieurs pistes sont étudiées. La société néerlandaise Symcon développe une technique de moulage par injection qui réduirait de 70 % la consommation électrique grâce à des jets de vapeur. En 2016, M’Com Musique avait créé un prototype de « vinylgue » à bases d’algues. « En cherchant des fournisseurs locaux, j’ai rencontré une entreprise de Saint-Malo qui faisait du plastique à base d’algues. On a fait des essais et il en est ressorti plusieurs disques. La matière première était si différente de celle habituelle qu’elle n’était pas bien adaptée à nos machines ». Depuis le vinylgue est resté au stade expérimental car il se désagrégeait au bout de 15 jours.

Les disques sont-ils donc bons à jeter ? Il faut d’abord relativiser. La production, quoique croissante, n’atteint pas celle des années 70-80, ce qui a des conséquences environnementales moins importantes qu’à cette époque.  L’utilisation de PVC dans l’industrie de pressage représente moins d’1 % de la production mondiale de polychlorure de vinyle.

Avoir recours à la musique en streaming n’est pas la solution miracle. Chaque écoute musicale en ligne a un coût énergétique dérisoire. Mais ce coût est à multiplier par les milliers d’utilisateurs qui font appel aux serveurs énergivores, eux, bien réels. En comparaison, un disque fini ne requiert que l’énergie utilisée par sa platine.

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Rédacteur multimédia

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