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Changement de couleur, parfois de nom, et ajout de titres, les rééditions d’album se multiplient ces dernières années en France. Conçues pour allonger la durée de vie des disques, ces nouvelles versions représentent-elles un apport artistique ou simplement financier ?

© Angèle - Brol et Brol la suite - Facebook

On les voit fleurir sur les étalages, les rééditions se font de plus en plus nombreuses chaque année. Le concept est simple et existe depuis très longtemps. Afin de donner un nouveau souffle à un disque, on le republie quelques mois après sa sortie, accompagné de quelques morceaux inédits. Au départ, ces nouvelles éditions étaient éditées pour fêter l’anniversaire des disques. Ainsi, dix, quinze ou vingt ans plus tard, les nostalgiques ou le nouveau public pouvaient (re)découvrir des albums, agrémentés parfois de maquettes ou de morceaux enregistrés en live. Seulement, la tendance a évolué, en particulier cette dernière décennie. Lorsqu’un album paraît, une campagne de promotion est réalisée à l’aide d’un ou plusieurs singles sortis avant ou après le disque. On s’attendrait alors naturellement à retrouver un nouveau projet de l’artiste quelques mois ou années plus tard. Désormais, de nouveaux singles se rajoutent, sans faire partie de l’album d’origine, et ne sont disponibles que dans la réédition qui sort parfois seulement quelques semaines après la parution du disque.

Plus-value artistique ?

Un album, c’est une oeuvre cohérente, construite, et réfléchie, où les morceaux entre eux forment un enchaînement logique et fluide. Lorsqu’un artiste propose une réédition de son album, il vient alors modifier cette oeuvre et la rendre obsolète. Cependant, les démarches sont souvent différentes. Le nombre de titres ajoutés change d’un projet à l’autre, ainsi, si PLK n’ajoute que trois morceaux à son album Polak, Orelsan avec Epilogue ou Kaaris pour Or Noir 2 en ajouterons quant à eux une dizaine. Parmi ces nouvelles pistes, il y a toutes sortes de propositions artistiques. Certains ne dévoilent que des inédits, dans une couleur similaire à celle du disque d’origine. D’autres comme Columbine avec la réédition d’Adieu Bientôt révéleront une évolution musicale à travers les nouveaux titres. Quelques-uns proposeront en revanche, parfois en plus de nouveaux titres, des versions réarrangées de l’album d’origine comme Angèle avec Ta Reine, des versions acoustiques (Lomepal) ou bien des versions instrumentales (Nekfeu). Autant de possibilités qui viennent compléter le projet original.

Question d'agencement

Pour agrémenter ces disques, plusieurs solutions sont possibles. La plupart des artistes ajoutent les nouveaux morceaux à la fin de l’album, généralement dans un second CD, qui fera continuité avec le projet de base. Plus rare, certains placent ces titres inédits en guise d’introduction à l’album, apportant alors un regard différent sur l’oeuvre globale. Plus ambitieux encore, Nekfeu, pour l’Expansion des Étoiles Vagabondes, a choisi d’intercaler les nouvelles pistes au milieu des anciennes, modifiant complètement les transitions.

Mais si ces inédits se retrouvent au début ou à la fin, dans un autre CD, pourquoi ne pas proposer des EP (disques au format court) plutôt que des rééditions, comme ont pu le faire récemment Roméo Elvis avec Maison ou Christine and the queens avec La Vita Nuova ? Dans de nombreux cas, la démarche aurait du sens, tant le nombre de titres le permet et la cohérence avec l’album d’origine n’est pas de mise. Le dernier projet de Dinos, Taciturne Les Inachevés, par exemple, n’aurait à priori pas dû se retrouver dans le projet d’origine. Le rappeur belge Hamza aurait, lui aussi, pu basculer les morceaux de la réédition de Paradise vers un EP ou vers son projet Santa Sauce 2, sorti quelques semaines plus tard. Cette procédure aurait notamment permis de ne pas gâcher la splendide conclusion de l’album. Un constat similaire peut se faire sur Deux Frères de PNL ou Flip de Lomepal. Seulement, si les artistes décident de privilégier les rééditions, c’est qu’ils souhaitent que leur oeuvre trouve un nouveau public, ait plus de visibilité, et potentiellement, parvienne à décrocher une certification.

© Lomepal - Jeannine et Amina - Facebook

Personne n'est épargné

On pourrait imaginer que rares sont les artistes qui publient des rééditions, mais force est de constater qu’à l’heure actuelle, nombre d’entre eux y ont recours. Des grosses têtes d’affiches, aux plus confidentiels, qu’ils soient dans le rap (13Block, Dosseh, Booba…) ou dans la variété (Thérapie Taxi, Eddy De Pretto, Juliette Armanet…). Certains consommateurs avertis se retrouvent alors à ne plus savoir quand acheter la version physique de leur album, préférant potentiellement attendre que la dernière version soit sortie pour dépenser leur argent. D’autres, au contraire, ne connaissent pas ces pratiques et peuvent alors acheter une première version, puis, s’ils sont fans, dépenser de l’argent pour le même album avec seulement quelques titres de plus. Si du point de vue du chanteur, cela lui permet de comptabiliser une vente de plus, du côté de l’auditeur, on se retrouve avec un véritable problème. Au-delà de l’aspect artistique, c’est le portefeuille du public qui est touché. Actuellement, le streaming est monnaie courante, l’auditeur peut donc profiter des disques sans avoir à débourser un centime de plus. Cependant, de nombreuses personnes sont encore attachées à l’objet et se retrouvent alors en plein dilemme lorsque les rééditions sortent, à savoir s’ils vont devoir repasser à la caisse ou non. Malgré tout, de rares artistes comme Bigflo et Oli ou Nekfeu sont conscients de ces réalités économiques et proposent la vente d’une version complète ou simplement de la partie réédition. L’acheteur se retrouve alors à pouvoir profiter des nouveaux morceaux sans avoir besoin de payer plein tarif.

Véritable phénomène dans l’industrie du disque, les rééditions sont de plus en plus fréquentes. Certains comme Gims pour Ceinture Noire ou Clara Luciani pour Sainte Victoire iront même jusqu’à faire une seconde réédition après la première. Il y a aussi de quoi s’interroger lorsque outre-Atlantique, des albums posthumes, comme celui de Mac Miller, possèdent eux aussi leurs rééditions, alors même que l’artiste n’est plus en vie pour indiquer son souhait d’une telle pratique. Avec de telles conduites, la dualité se pose, d’après vous intérêt vénal ou authenticité artistique ?

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Rédacteur culture

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