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Artiste de la scène hip hop underground française, Pumpkin produit un rap anticonformiste aux inspirations 90’s. Avec son binôme Vin’S da Cuero, la rappeuse enchaîne les projets ambitieux.

Pumpkin © Franck Lebègue

Des cheveux très courts, des petites lunettes vissées sur le nez et un look minimaliste. À l’aube de la quarantaine, Pumpkin est une artiste complète. Fondatrice du label Mentalow Music qu’elle a monté avec son compagnon et beatmaker Vin’S da Cuero, la rappeuse, s’illustre dans une musique inspirée de divers univers : une pointe d’électro, avec une touche de rap 90’s, et une prose dans laquelle elle évoque des thèmes engagés.

Make the hip-hop boom bap Great again

À l’heure où sur la scène rap cartonnent des genres comme la drill ou la trap, les têtes d’affiches sont majoritairement masculines. Cependant, le paysage hip-hop français ne s’arrête pas à ces artistes les plus streamés. À l’ombre du rap commercial de Niska ou Ninho, se cache un style moins mis en avant, mais pas des moindres : le hip-hop “underground”. Aux antipodes de la musique mainstream, ce hip-hop n’est ni la cible de radios, ni celle des aficionados des top titres.

 

L’underground attire un public souvent féru de lyrics conscients, où sont mis en avant des sujets engagés, bien loin des thèmes de prédilection des rappeurs du devant de la scène. 

 

C’est dans cet univers que Cécile, aka Pumpkin, évolue depuis les années 90. Si cette dernière ne s’est lancée en tant qu’artiste professionnelle qu’à l’âge de 32 ans, elle a toujours été bercée par le hip-hop. Ses premiers souvenirs remontent au début de l’essor du rap français, avec l’album Qui sème le vent récolte le tempo de Mc Solaar dans lequel est paru son mythique hit Bouge de là. Très inspirée par l’artiste, Pumpkin lui a rendu hommage à plusieurs reprise. Elle a notamment repris son morceau Nouveau western à l’occasion du 20e anniversaire de son deuxième album. Dans une version réappropriée et dans lequel elle y ajoute un couplet, la rappeuse nous dévoile sa reprise du titre mythique de Solaar.

Si cette période de l’essor du rap français a beaucoup marqué la rappeuse, on le devine aisément à travers ses morceaux très inspirés du hip-hop des 90’s : le boom bap

 

« Je fais des morceaux Boom Bap ou “néo Boom Bap”. Inspirés du rap des années 90, mes morceaux sont à base de samples auxquels j’ajoute des instruments et un traitement du son plus actuel.»

Bousculer les codes

Dans un univers où les femmes sont très peu représentées,Pumpkin ne semble pas vouloir adhérer aux codes du “rap game” instaurés par les têtes d’affiches. À travers ses morceaux, la nantaise casse les stigmates imposés par la société. Exit le look hypersexualisé imposé au peu de filles du milieu, ou les featurings avec les grosses figures du rap commercial, un look sobre et des punchlines tranchantes lui suffisent.

« Dans mes morceaux, j’essaie de questionner ceux qui m’écoutent, lancer le débat, les tirer vers le haut.»

À travers une prose rythmée, elle défend notamment l’égalité des genres et la tolérance pour tous dans son titre Mauvais Genre et s’insurge contre les violences conjugales dans Science friction. Elle n’hésite pas non plus à parler de sujets de société très actuels, tels que le traitement des réfugiés en Europe dans le mythique Persona non gratis. Par le biais de punchlines acerbes et terriblement justes, elle fustige le comportement des décideurs européens, face aux demandeurs d’asiles .

Si l’artiste aime s’inspirer de l’actualité et utiliser son rap afin de livrer des messages sur des thèmes forts et sérieux, cette dernière nous emporte tout autant sur des sujets moins engagés tels que les relations amoureuses ou son amour pour le hip-hop boom bap. Le confinement lui a d’ailleurs inspiré son avant-dernier morceau : Twilight Zone.

Une artiste “indé”

Difficile de passer à côté de la nouvelle signature Universal ou encore Sony, cependant, la tâche est bien plus ardue pour tous ceux qui souhaitent se lancer dans la musique de manière autodidacte. Malgré les difficultés rencontrées par les artistes indépendants, Pumpkin et Vin’S da Cuero ont décidé de faire cavaliers seuls. Une stratégie leur permettant de travailler sans devoir se cantonner aux standards imposés par l’industrie. Même face à ses barrières, rien n’arrête le couple de nantais qui enchaîne les projets, toujours très attendus par leur communauté.

Pumpkin & Vin'S da Cuero © Franck Lebègue

Afin de concrétiser leurs projets tout en restant indépendant, le duo utilise notamment le crowdfunding, et la méthode semble fonctionner. Avec un prochain album prévu pour octobre, intitulé Abysses Repetita, les nantais ont récolté près d’un quart du financement du projet grâce à une cagnotte mise en ligne, dans laquelle leurs fans ont contribué à la production de l’album : du financement des clips à la création des disques Vinyles.

« En tant qu’artiste indépendante, il faut savoir tout faire et travailler sans cesse sur plusieurs choses à la fois. Le plus dur, c’est d’être jugé sur les mêmes critères que des artistes qui ont des moyens financiers, humains et logistiques beaucoup plus importants. Mais la liberté totale n’a pas de prix. »

Avec un album sur le point de sortir, et un bref retour au studio pour la sortie du titre Banana bread sorti début juin, Pumpkin a récemment lancé La.Club, un club de rap non-mixte à Nantes pour l’empowerment (concept d’atelier mêlant acceptation de soi, confiance, estime, ambition et pouvoir) des femmes dans et par le rap. Tant de projets dans lesquels, ses fidèles auditeurs sont toujours au rendez-vous.

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Rédactrice web

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