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Les habitants de l’île de Tanna, dans l’océan Pacifique, vénèrent une divinité nommé « John Frum ». Ce dieu doit leur apporter prospérité et abondance à bord de gigantesques machines volantes.

Les drapeaux sont une part intégrante du culte de John Frum © Gadfium
Les drapeaux sont une part intégrante du culte de John Frum © Gadfium

Tous les jours, Isaak Wan Nikiau effectue la même cérémonie. Ce chef du village de Sulphur Bay, lève le drapeau américain à huit heures et le descend à 16 heures. Ici, le drapeau n’est pas l’effigie d’une nation, mais une relique précieuse. Autre marque de dévotion, tous les 15 février, les croyants défilent en rangs serrés, portant un long bâton de bois comme des fusils, avec les symboles USA peints sur leurs dos. Grâce à ces rituels, le dieu John Frum devrait sortir du volcan voisin Tukosmeru, là où il vit, en compagnie des ancêtres tannais. John Frum a été vu pour la dernière fois il y a 70 ans. Son retour signifierait abondance et bonheur sur l’île.

Bon baiser d'Amérique

Les Tannais ont toujours défendu leurs croyances et modes de vies ancestraux, même face aux violentes répressions des colons et missionnaires français au XIX et XXe siècle. Croire, c’est résister face à l’occupant. Un jour, l’entité « John Frum » annonce une période de prospérité et la libération prochaine de l’île.

À voir aussi : Au Brésil, les Ashnaninkas se battent pour préserver leur culture.

Un an plus tard, l’armée américaine s’installe sur l’île. Le locaux échangent avec les GI, ces John venus d’Amérique (John From America, en anglais). Les avions et bateaux-cargos alimentent la base et une partie des marchandises arrivent chez les tannais. Les nouveaux arrivants ont la faveur des dieux : ils volent au-dessus des nuages et font pleuvoir de la nourriture en boîte depuis le ciel. Pour avoir ces pouvoirs, ils marchent en rang avec des armes et entretiennent ces champs où se posent les machines volantes… Puis tout s’arrête, la guerre est finie. Les Johns rentrent chez eux avec le secret des dieux. Un culte se forme. Les tannais refont les mêmes rituels que les occidentaux, mais sans succès : les avions-cargos divins ne reviennent pas.

« Rien ne laissait croire que les Blancs fabriquaient eux-mêmes leurs marchandises. On ne les voyait pas travailler le métal, ni faire les vêtements et les indigènes ne pouvaient pas deviner les procédés industriels permettant de fabriquer ces produits. Tout ce qu’ils voyaient, c’était l’arrivée des navires et des avions. »

Peter Lawrence, 1974

Inspiré par les ambulances militaires, la croix rouge est sacrée dans le culte de John Frum © Tim Ross
Inspiré par les ambulances militaires, la croix rouge est sacrée dans le culte de John Frum © Tim Ross

Prophète moderne

Les 300 habitants de Sulphur Bay attendent toujours John Frum et ses richesses annoncées. Mais le culte a perdu des adeptes et des schismes sont apparus. Pour certains, John Frum n’est plus un soldat américain, mais le Prince Philippe II, le mari de la reine d’Angleterre. D’autre tannais adhèrent à « Unity », mélangeant le christianisme au mouvement John Frum. L’extrême pauvreté est présente partout sur l’île. Ces croyances apportent un message d’espoir et de protestation contre les inégalités du mode de vie occidental, toujours plus présent sur Tanna.

Le Prince Philippe a reçue des tannais au château de Windsor en 2007 © Christopher Thompson
Le Prince Philippe a reçue des tannais au château de Windsor en 2007 © Christopher Thompson

Les cultes du cargo comme à Tanna ont été nombreux en Papouasie-Nouvelle-Guinée, là où les américains et japonais installèrent des bases militaires.

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Julien Rojo

Rédacteur

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