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« Le métier de surveillant consiste à protéger au mieux l’intégrité physique et morale des personnes détenues et pour que leurs peines se passent du mieux possible. » Entre violences, empathie et impuissance, le dur métier de surveillant pénitencier.

*Le prénom a été changé

© Photo by Victor B. on Unsplash

Adam*, 31 ans, est gardien de prison. En 2015, il commence une formation de huit mois à l’ENAP (école nationale de l’administration pénitentiaire) et fait ses premiers pas dans le milieu carcéral. En huit mois, il apprend à tirer : HK-G36 et fusil à pompe. Il est formé au MTI : menottage et technique d’intervention. Il est mis en situation. Par exemple, un incendie se déclare. Il se retrouve dans une salle avec des cellules, de la fumée, du feu et bien entendu l’équipement nécessaire tels un manteau, un extincteur. On lui demande de la réactivité et d’agir en situation d’urgence. Il y a aussi des cours de prévention des suicides. Pendant sa formation, il a la possibilité d’effectuer un stage à la maison d’arrêt d’Agen, et un au centre de détention de Mauzac, en Dordogne. Ces stages lui offrent deux visions différentes de son futur métier. Les maisons d’arrêt sont des établissements qui accueillent les prévenus en détention provisoire (en attente de jugement par exemple), les personnes en attente d’affectation dans un établissement pour purger leur peine, et les détenus dont la peine n’excède pas deux ans. Alors qu’un centre de détention reçoit les condamnés pour plus de deux ans, et met l’accent sur la réinsertion sociale.

« Nous pouvons parler de réinsertion, mais c’est un sujet compliqué. Il y a des personnes détenues qui sont dans l’optique de se réinsérer et qui font un gros travail sur eux-mêmes, mais la majorité n’est pas dans cette optique-là, malheureusement, et dans ce cas-là notre travail est inefficace. »

« Pas le temps de s’ennuyer »

Par la suite, Adam* est envoyé à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, l’une des plus grandes d’Europe : « ça fait froid dans le dos, mais pas le choix, il faut y aller. » Là-bas, il est titularisé. Il salue la solidarité qui existe entre ses collègues et lui. C’est ce qui permet de tenir dans les moments difficiles. Pour être gardien de prison, il ne faut pas avoir froid aux yeux et il faut être sportif ! « En moyenne, c’est à peu près cent détenus à gérer pour un surveillant. C’est sport. Difficile de trouver le temps d’aller aux toilettes ou même fumer une cigarette sur une fraction de six heures. Lors d’une fraction, nous pouvons parcourir jusqu’à 12 km sur une coursive de 80 m de long. » Des conditions de travail parfois difficiles qui demandent de maintenir un physique sportif. Adam* déplore, cependant, le manque de moyen mis à leur disposition : « la majorité des surveillants sont obligés d’acheter eux-même leurs paires de chaussures, parce que celles fournies par l’administration ne sont pas adaptées à la marche. Nos uniformes et nos chaussures sont confectionnés par les personnes détenues. Alors, des fois, il manque des trous pour faire passer les lacets, ou la semelle est déjà décollée, idem pour les polos, des fois il manque des boutons au niveau du col… Le confort n’est vraiment pas au rendez-vous. » Aujourd’hui, Adam est au centre de détention d’Uzerche, appartenant au « plan 13 000 », un programme de construction d’établissements pénitentiaires en France datant de la fin des années 1980.

Challenge

Le principal défi des surveillants pénitenciers concerne la future réinsertion des détenus : « On peut entendre souvent que le trafic dehors est très juteux et que ça vaut la peine de prendre des risques. Il est aussi juteux à l’intérieur des murs, avec les trafics de téléphones et de stupéfiants. » Un défi rendu encore plus difficile par les conditions de travail : pas de rythme, des horaires variables, des équipements usagés et un manque d’effectifs.

« Au niveau de la population pénale, le plus délicat, c’est la gestion au cas par cas, il faut constamment s’adapter suivant la personne qui est devant nous. »

Pour finir, Adam nous raconte une histoire qui l’a marqué : « quand j’étais en stage, il y avait un cas psy. Tous les jours, lors du départ en promenade, le prisonnier refusait de sortir si on ne l’autorisait pas à sortir avec ses six canards. Des canards qui étaient dans sa tête bien entendu. Et il pouvait se mettre en colère si on fermait la porte derrière lui et qu’il manquait un canard à l’appel. »

Si cette anecdote peut faire sourire, elle pose surtout la question de la santé mentale des détenus. Un gardien de prison apparaît alors comme une mère cane suivie de ses canetons.

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Rédactrice multimédia

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