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Lors de l’annonce du Président Emmanuel Macron concernant le confinement suite au Covid-19, les parloirs dans les prisons ont été fermés, sans exception. Si les citoyens libres ont plus ou moins réussi à se faire à l’idée, les détenus n’ont pas accepté cette rupture brutale avec le monde extérieur.

© Photo by Hédi Benyounes on Unsplash

Tout commence sur Snapchat. Un appel à la rébellion des prisonniers lancé sur le réseau social a eu un puissant écho entre les murs des cellules. À Uzerche, le cauchemar débute dans la nuit du 20 mars. Les gardiens se retrouvent obligés d’écourter leurs rondes du soir. Pour cause ? Des insultes, des menaces, et des jets de divers objets depuis les fenêtres des détenus : verres, assiettes, couverts… Et un avertissement : « Attention, ça va péter ce week-end. » Le soir même, les gardiens rapportent les agissements des prisonniers à la hiérarchie. Tout est référencé sur un logiciel. Pourtant, est-ce à cause d’un manque de temps, d’un manque de moyens ou d’un manque de crédibilité, aucune mesure spéciale n’a été mis en place pour le week-end. Et ce, pour la plus grande peine des gardiens.

« Beaucoup de citoyens vivent seuls chez eux, sans familles, ou alors une famille loin d’eux, certes le confinement a été dur à accepter pour ces gens-là mais pas le choix, je ne pense pas qu’ils sont allé brûler des voitures ou casser du mobilier urbain pour passer leurs nerfs ! En prison, c’est pas la même. » _ Parole de gardien de prison

Mutinerie

Le dimanche, une certaine tension règne déjà entre les murs de la prison. Lors de la promenade du bâtiment D à 16h45, les gardiens remarquent un nombre inhabituel de détenus descendus se dégourdir les jambes. D’habitude, les détenus se réunissent en groupes. Or, là, tout le monde était regroupé : « comme s’il y avait un complot » témoigne un gardien.

Top départ. Un groupe se détache de la bande pour faire une pyramide contre un grillage de la promenade pour arracher, tout en haut, le concertina (un rouleau de fil de fer avec des lames de rasoirs). Ce fil barbelé est placé tout du long des grillages de la prison pour éviter les évasions. En une vingtaine de secondes, ils réussissent à l’arracher et passent par-dessus le grillage. Suite à cela, les détenus se retrouvent libres dans une zone neutre donnant accès à toutes les autres promenades des autres bâtiments. Ceux restés dans la cour du bâtiment D, arrachent les poutres au sol destiné au terrain de pétanque, et les utilisent pour faire des béliers afin de défoncer la porte donnant l’accès à l’intérieur du bâtiment : « à ce moment-là, nous savons que nous avons perdu le contrôle. » Une perte de contrôle facile : le dimanche, il y a moins de personnels que la semaine. Le chef ordonne à ses vingt agents de détention de se replier au PCI (poste central d’information : « deux agents partent in extremist. Les prisonniers n’auraient eu aucune pitié pour nous, c’est certain ! Nous ne faisions pas le poids avec nos sifflets comme armes de défense, surtout contre plus de 200 détenus qui ont pris le contrôle de la prison. »

Les mutins montent sur les toits et se dirigent vers la porte d’entrée principale. Pendant ce temps, les agents s’équipent : fusil à pompe avec de la gomme-cogne pour les repousser. C’est une véritable « guérilla » au milieu de la prison. Déçus d’avoir été compromis dans leurs plans d’évasion, les mutins se retournent du côté détention pour saccager les lieux. Tout y passe : caméra, fenêtre, porte, grille, grillage… « à ce moment-là, ils sont capables de tout. » Ils mettent le feu à des bureaux. Les gendarmes et les pompiers sont appelés en renfort. Un hélicoptère tourne autour de la prison pour une surveillance plus large. Les ERIS arrivent pour épauler les gardiens. Ensemble, ils peuvent enfin pénétrer dans la zone de détention pour « remettre de l’ordre. » Une fois les prisonniers maîtrisés, ils doivent être réintégrés dans leur cellule. Il faut s’assurer que personne n’a réussi à s’échapper et contrôler les cartes d’identité une par une. Il est une heure du matin quand un semblant de calme regagne le centre de détention d’Uzerche. Des bâtiments inondés, incendiés… Jusqu’à l’aube, des détenus vont être transférés vers d’autres prisons par bus. A sept heures du matin, les premiers agents débauchent. Certains auront fait plus de 24h de service.

« Nous ne sommes pas formés pour des scènes de guerre de cette ampleur, nous avons pu maintenir les mutins mais nous avons subi. Il ne faut pas se voiler la face. Tout surveillant ne vivra pas une telle mutinerie dans sa carrière. Maintenant place aux travaux et à la réaffectation des détenus. »

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Rédactrice multimédia

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