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Le 21 avril dernier, le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) a publié une étude sur le fonctionnement de l’algorithme de YouTube. Menés par trois chercheurs du centre berlinois, ces travaux mettent en lumière les méthodes de sélection des vidéos recommandées. Le constat est sans appel : YouTube nous conditionne.
©CNRS

L’algorithme de YouTube, c’est un programme qui choisit les vidéos recommandées à la suite d’un premier visionnage. Si le concept est simple, son fonctionnement est longtemps resté une énigme. Certains de ses mystères ont été dévoilés le 21 avril dernier par Camille Roth, chercheur en sociologie et informatique au CNRS. En 2019, il a lancé avec deux collègues une étude sur le fonctionnement de la plateforme en partant d’un constat simple : la manière dont le site sélectionne les vidéos qu’il nous propose n’est pas claire. 

« Nous avons cherché à comprendre à quel point les algorithmes de YouTube jouent un rôle dans la canalisation de notre navigation. Parmi ce qui est présenté aux utilisateurs, est-ce que le panel de vidéos est similaire à la vidéo de départ ? » nous explique Camille Roth. Pour cette étude, il s’est intéressé aux recommandations non-personnalisées, c’est-à-dire sans abonnement et sans historique. 

Des « espaces confinés »

Leur première découverte concerne les réseaux de recommandations. Une vidéo va en proposer une autre, qui va elle-même en proposer une troisième, et ainsi de suite. Selon l’étude, ces réseaux de vidéos sont plus ou moins vastes : c’est ce qu’on appelle l’indice de confinement. Certains d’entre eux, à l’indice de confinement élevé, font rapidement tourner l’utilisateur en rond. Dans ces cas, il est fréquent de se voir recommander plusieurs fois la même vidéo. Le système est le même que les « amis » sur Facebook : le site peut proposer d’ajouter à nos contacts plusieurs fois une même personne, parce que nous avons des amis communs.

D’un point de vue thématique, les réseaux confinés ont très peu de diversité. Une vidéo de chat va recommander une autre vidéo de chat, par exemple. Les recherches révèlent que les thématiques les plus fermées sont les vidéos politiques et d’actualité, ainsi que les vidéos musicales. Il est très rare, en commençant par un clip de PNL, de découvrir le clash entre Amélie et Linda dans la saison 6 des Anges. En revanche, il est possible de regarder une séance de fitness juste après un coup de gueule d’Angelina Jolie, car la thématique people est beaucoup plus vaste.

Watch me, I’m famous

La raison est presque évidente : YouTube, comme toute entreprise, cherche à faire consommer. « Les vidéos de départ ayant le plus grand nombre de vues ont le parcours de recommandations le plus confiné», précise Camille Roth. En d’autres termes, quand l’algorithme comprend qu’une vidéo est très regardée, il propose des vidéos similaires pour qu’elles connaissent la même popularité. Ces vidéos sont un succès, et l’utilisateur passe plus de temps sur la plateforme. Les vidéos moins vues conduisent à des recommandations plus diverses. Les likes sont aussi pris en compte : les vidéos impopulaires ne sont pas recommandées, même par d’autres vidéos impopulaires. 

Pour l’utilisateur, ce fonctionnement de l’algorithme pose plusieurs problèmes. La grande similitude des contenus proposés par les recommandations empêche de découvrir des sujets diversifiés. Pour sortir d’un réseau très confiné, il faut faire la démarche d’explorer un autre réseau en passant par la barre de recherche. Il faut donc savoir ce que l’on cherche. La découverte de réelles nouveautés n’est donc pas encouragée. Ensuite, la possibilité d’être conduit, par les recommandations, à regarder plusieurs fois la même vidéo réduit encore plus la possibilité de visionner un contenu neuf. Les vidéos proposées ne sont plus seulement similaires, ce sont les mêmes. 

En quoi est-ce un problème ?

Les réseaux les plus populaires ne sont pas des contenus informatifs, mais de divertissement. Le divertissement, comme tout ce qui provoque du plaisir, a un potentiel addictif. Les écrans, selon le Congrès français de Psychiatrie, peuvent provoquer entre autres des « troubles de la mémoire de travail et des troubles d’inhibition ». Or YouTube fonctionne comme la télévision : on peut le consommer sans fin. Par des recommandations similaires à la vidéo regardée, l’algorithme amplifie le phénomène en mettant en avant des contenus incitatifs. Quand vous mangez du chocolat, vous êtes content. Plus vous en mangez, plus votre cerveau y trouve de plaisir, et plus l’habitude s’ancre. Pourtant, manger trop de chocolat est mauvais pour la santé. Mais il est particulièrement difficile de se restreindre quand on a la tablette sous le nez. C’est tout le danger du fonctionnement de cet algorithme : il pousse à une consommation immodérée. Plus le temps passé devant les écrans est long, plus il empiète sur d’autres activités : sorties, sommeil, travail. Si de nombreuses études sont en cours pour déterminer tous les impacts de la consommation de vidéos sur la santé psychique des utilisateurs, la prudence reste de mise.

Cette étude s’inscrit dans un programme de recherche plus vaste sur l’influence des algorithmes sur notre consommation de contenu en ligne. Toutes les études seront publiées sur le site du CNRS.

Pour aller plus loin : 
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Rédactrice culture

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