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Témoignages : mes premières règles

Les premières règles sont une étape importante dans la vie d’une femme. Plus que le simple fait d’avoir un organe reproducteur fonctionnel, c’est aussi une construction culturelle : « ça y’est je suis une femme ! » 23 femmes ont répondu à notre sondage pour nous raconter leur expérience.

© Ava Sol _ Unsplash

Peu importe l’âge, les femmes se souviennent de leurs premières règles. Lors de la puberté, le cycle menstruel de la femme commence. Il est le signe que l’organe sexuel féminin est arrivé à maturité. En résumé, elle est capable de procréer. Cette semaine pour MAJ, vous nous avez raconté vos premières règles.

Quel âge aviez-vous lors de vos premières règles ?

Véritable événement dans la vie d’une femme, les jeunes filles sont parfois mal préparées à ce moment marquant. L’une d’entre elles témoigne  : « Je me souviens avoir eu mal au ventre le dimanche soir, sauf que j’étais une enfant de 11 ans. Je me disais seulement que je devais couver une gastro. Le lundi matin en allant aux toilettes, je me suis essuyée et j’ai découvert du sang. Beaucoup de sang. J’ai pris très peur car j’ai pensé que je faisais une hémorragie. Je n’avais pas cette image des règles. Je pensais que les règles, c’était juste quelques gouttes de sang dans la culotte. Je ne m’attendais pas à une telle quantité de sang et je pense que cela devrait être beaucoup mieux expliqué aux jeunes filles. » 

L’arrivée des premières règles est souvent une source d’angoisse. Pour cause : elles arrivent sans prévenir! « C’était l’heure de la récréation, j’allais au wc : j’avais très mal au ventre et je pensais que c’était parce que j’avais envie de faire pipi. Quand j’ai vu le sang marron qui devenait de plus en plus rouge, au fond de ma culotte, j’ai totalement paniqué, ne sachant ce que c’était. » 

 « J’ai pleuré tout le long de la récré, assise sur les toilettes, prostrée devant ce sang que je ne comprenais pas. »  

Et surtout, la question se pose : comment trouver une protection hygiénique ? « Au restaurant de mon cousin, je ne me sentais pas très bien. Je suis allée aux toilettes avec ma grand-mère. Je me souviens que j’ai hurlé, j’ai eu très peur surtout à 10 ans. Bref ma grand-mère m’a expliqué et elle est allée chercher des serviettes. Compliqué quand il est 22 heures. » Certaines expliquent même qu’elles n’avaient rien d’autre que du papier toilette sous la main afin de protéger leurs vêtements. D’autres ont eu plus de chances : « J’étais au collège. A la récréation de 10 heures, en me rendant aux toilettes, je découvre une immense tache dans ma culotte. (Heureusement mon pantalon n’avait rien). J’ai demandé à mes amies de m’escorter jusqu’à l’infirmerie afin de me procurer des protections. L’infirmière m’a ainsi prêté une culotte (sous vide stérile) et m’a donné des serviettes. Le soir, ma maman m’a emmenée acheter mes protections au supermarché. »

« J’ai, dès la première fois, ressenti la frustration et la colère que cela n’arrive pas au bon moment, puisque j’étais en camping. Soit dans des conditions d’hygiène plus précaires que chez moi, et que je voulais aller me baigner, et que je ne savais pas comment gérer matériellement ce nouveau paramètre. »

Le sentiment de peur ou d’appréhension, est par la suite accompagné d’un sentiment de fierté : « il me semble que je revenais du collège, et je me suis dit “ça y est, je les ai enfin” alors que j’étais l’une des premières de mes copines à les avoir. Mais j’étais contente. Pourquoi ? je ne sais pas. Peut-être le fait de devenir “femme”. » En général, la jeune fille se tourne vers sa mère ou sa soeur pour comprendre ce qui leur arrive. Cependant, dans certains cas : « Elles sont arrivées chez mon père et il m’a expliqué comment on met un tampon . Tout s’est très bien passé. »

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Les premières règles sont aussi accompagnées d’une foule de sentiments. Plus les femmes sont jeunes et plus le rapport à ce sang est négatif : « D’abord de la honte parce que je ne pensais pas que c’était mes règles. Je n’avais que 11 ans. J’ai donc attendu un ou deux jours sans protection et sans comprendre : j’ai eu peur quand j’ai vu que ça continuait. » D’autant plus lorsque les parents n’ont pas eu de discussion avec elles au préalable : « Peur sur le moment, n’ayant pas connaissance de mon corps. Avec le recul j’aurais préféré que mes parents s’expriment sur le sujet comme tant d’autres au lieu d’attendre le jour J, ce qui est dû je pense au fait de ne pas vouloir voir sa petite fille grandir. » La notion de pudeur aussi ressort. Surtout par rapport aux membres masculins de la famille qui ne doivent pas savoir : « J’avais très honte, j’ai dit à ma mère “n’en parle pas à papa et aux garçons”, mes deux frères. Après coup, j’étais en colère de devoir “subir” ça toute ma vie. »

« Ma fille a 12 ans, et contrairement à moi, j’ai pris les devants et répondue à toutes ses questions. »

Cependant, lorsque les treize/quatorze ans sont passés, l’arrivée des règles enlève un poids des épaules. Plus les années filent, on voit ses amies avoir leurs règles, plus on se demande si on a un problème : « Elles sont arrivées extrêmement tard et j’avais peur d’être différente des autres ! Je commençais à me demander si quelque chose n’allait pas chez moi ! Donc plutôt gros soulagement ! »

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Enfin, celles qui ont eu une grande conversation avant se retrouvent moins démunies : « J’étais très sereine. Je savais que c’était normal. Je ne me rappelle plus précisément si j’en avais parlé avec des adultes proches. Je n’ai pas de souvenir précis de conversations, mais je sais qu’ils sont ouverts sur ce sujet et n’en ferais pas un tabou. En revanche, j’ai, dès la première fois, ressenti la frustration et la colère que cela n’arrive pas au bon moment. »

« Je n’ai jamais eu honte de parler de mes règles. J’estime que cela ne doit pas être tabou et j’en parle librement depuis mes premières règles à l’âge de 11 ans, que ce soit devant des filles ou garçons, de tout âge. J’aime rappeler aux garçons qui se trouvent écœurés devant un tel phénomène que sans cela ils ne seraient pas nés… »

Et tu seras une femme, ma fille…

Toutes les femmes qui ont répondu au sondage affirment vouloir ouvrir la discussion avec leurs filles. Même lorsque leurs propres parents ne leur en ont pas parlé : « Bien sûr ! C’est nécessaire à mes yeux. Je regrette que ma mère n’ait pas su trouver les mots pour me parler de tout ça avant que cela m’arrive… ça n’a rien de tabou ! Quasi la moitié de la population mondiale connaît ou connaîtra cela un jour. Je ne vois pas pourquoi ça devrait rester secret…» Elles souhaitent pour leur fille que cette expérience ne soit pas traumatisante : « elle doit connaître son corps afin de ne pas en avoir peur. » . Il s’agit de la préparer « dès son plus jeune âge afin de la préparer au mieux si elle venait à les avoir sans que je sois là.» Et surtout, pour éviter à tout prix le sentiment de honte : « pour ne pas qu’elle se sente honteuse et sale comme je me suis sentie à dix ans, à peine. »

« L’éducation ne doit pas concerner uniquement les filles. »

Les répondantes expriment, aussi, le besoin d’en parler aux hommes de la famille : « Je n’ai qu’un garçon pour le moment mais je lui expliquerai aussi car même s’il ne sera pas concerné directement c’est un sujet important que tout le monde doit connaître. » Le but est de casser le tabou des règles afin d’élever des garçons capables d’empathie pour ces moments difficiles : « Et si j’ai des fils, qu’ils aient une sœur ou pas, je leur expliquerai ce que sont les règles. Afin qu’ils puissent à tout moment aider leurs amies, leurs petites copines. » Pour les mamans ou futures mamans, il est hors de question qu’un seul membre de la famille loupe la grande discussion : « Bien évidemment son père aura également droit à un cours, si elles arrivent lorsqu’elle est avec lui. »

« J’ajouterai aussi qu’il n’y a pas que les filles qui ont leurs règles (je pense notamment aux personnes transgenres et non-binaires), et inversement toutes les filles n’ont pas leurs règles. Ça me semblait important de le préciser. »

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Rédactrice sur majmedia. Bucolique et mélodramatique… Cela fait plus de vingt piges que je vadrouille, le stylo en poche. Journaliste le jour, écrivaine la nuit, on se retrouve vite pour de nouvelles aventures !